Objectif : territoire, déportation et extermination

Le 22 juin 1941, Hitler déclenchait l’opération Barbarossa et lançait plus de trois millions d’hommes à l’assaut de l’Union Soviétique. Le raisonnement était simple : les moujiks de Staline feraient moins bonne figure que les soldats français, battus en quelques semaines un an plus tôt, à une époque où cette armée était considérée comme l’une des deux ou trois meilleures au monde. Or, loin de s’effondrer comme un château de cartes, c’est l’Armée rouge qui allait briser les reins de la Wehrmacht.

Écrit par Stephen G. Fritz, un professeur d’histoire de l’Université du Kentucky, ce livre constitue une brillante synthèse des plus récents travaux d’historiens allemands, britanniques et américains, qui ont notamment bénéficié de l’ouverture des archives soviétiques. Le déroulement du plus grand conflit armé de l’histoire de l’humanité y est suivi à travers le prisme de la stratégie de la direction allemande, armée comprise.

Quels étaient les buts de cette guerre? L’auteur fait valoir qu’il s’agissait, avant tout, de conquérir des territoires afin d’y transplanter des populations allemandes, le corollaire étant l’extermination de peuples jugés culturellement inférieurs. Si l’Allemagne gagnait, au moins 60% de la population russe était parquée dans la steppe ou prenait le chemin de la Sibérie (les plans étaient semblables pour la Pologne, la Biélorussie, l’Ukraine et les pays baltes), pour y mourir de faim.

Hitler faisait d’ailleurs un parallèle entre les buts de cette guerre et la tragique déportation des Amérindiens de l’est du Mississippi, survenue en 1830, sous l’égide du gouvernement américain.

Et l’armée allemande dans tout cela? L’auteur montre, de façon convaincante, que loin d’être constituée de ces professionnels d’une guerre «propre» mis en échec par des idéologues nazis ou par l’interférence d’un chef omnipotent et soi-disant incompétent, un mythe qui a connu son point culminant avec Les généraux allemands parlent de Basil H. Liddel Hart, elle était, au contraire, au cœur même d’un dispositif de guerre totale, profondément raciste et  absolument sans merci envers les populations civiles. Ce qui explique l’extrême férocité des combats en sol allemand en 1945, dont l’apogée a été si bien décrite par Antony Beevor dans La chute de Berlin et, d’un point de vue opérationnel et stratégique, par Jean Lopez dans Berlin : les offensives géantes de l’Armée rouge. Mais cela est une autre histoire.

En raison de ses multiples références, ce livre s’adresse aux lecteurs ayant une certaine familiarité avec la cote 940.53 (histoire de la seconde guerre mondiale) de la Grande Bibliothèque.

FRITZ, Stephen G., Ostkrieg : Hitler’s war of extermination in the East, Lexington, University Press of Kentucky, 2011, 640 p.

À propos Jean-François Barbe
Bibliothécaire au niveau trois de la Grande Bibliothèque, à la thématique Histoire, sciences humaines et sociales. Chroniqueur «livres» au journal Finance et Investissement.

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