Lettres du front : Hemingway en Italie

Hemingway n’a que 19 ans le 23 mai 1918 lorsqu’il s’embarque pour l’Europe en tant qu’ambulancier pour la Croix-Rouge américaine. Il est affecté au front en Italie. C’est là qu’il est gravement blessé le 8 juillet 1918 par une explosion de mortier. Ses blessures, surtout aux jambes, le forcent à une hospitalisation prolongée à l’hôpital de la Croix-Rouge à Milan, de juillet à décembre 1918.

Au cours de cette longue période qu’il passe alité, il rencontre et se prend d’amour pour Agnès von Kurowsky, une infirmière américaine. Il parle peu de cette idylle à sa famille dans ses lettres, mais à l’hiver 1919, lorsqu’il revient finalement à Chicago à la maison paternelle, il est animé par un nouveau projet : travailler et accumuler suffisamment d’argent pour qu’au retour d’Agnès en Amérique, ils puissent se marier.

Or, Agnès lui écrit le 7 mars 1919 pour rompre sa relation avec lui et lui annoncer qu’elle compte épouser un autre homme. Cette nouvelle est dévastatrice pour le jeune Hemingway. Il écrit d’ailleurs à son ami William Horne le 30 mars 1919 : « Elle était mon idéal et Bill j’avais complètement oublié la religion et tout le reste, puisque j’avais Agnès à adorer. »

C’est cette période cruciale de la vie d’Hemingway qu’on peut découvrir à travers ses lettres écrites entre 1907 et 1922. Cambridge University Press vient en effet de publier The Letters of Ernest Hemingway 1907-1922. Cet ouvrage, premier volume d’une série prévue de sept, constitue le fruit d’un travail important de plusieurs universités américaines pour rassembler la correspondance d’Hemingway dans une seule œuvre. Les éditeurs ont fait appel à des centres d’archives renommés comme la bibliothèque présidentielle John F. Kennedy à Boston, mais aussi à des collections privées pour obtenir l’autorisation de publier du matériel jusque là, jamais rendu public.

Le résultat est fascinant. De son jeune âge, alors qu’il écrivait à son père depuis la maison d’été familiale dans le Michigan, jusqu’à l’époque de sa correspondance en Italie, on découvre un Hemingway drôle, exubérant, vantard, qui exagère ses exploits, mais qui est aussi vulnérable, sensible et déjà, à 20 ans, désillusionné. Ces lettres, et les événements et états d’âme qu’Hemingway y décrit, offrent une genèse émouvante de ses premiers romans à venir.

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HEMINGWAY, Ernest, The Letters of Ernest Hemingway, 1907-1922, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, 431 p.

À propos Maryse Breton
Je suis bibliothécaire à BAnQ depuis 2011. Avant mon arrivée à BAnQ, j'ai travaillé aux États-Unis dans des bibliothèques publiques de la Californie, du Michigan et de l'état de New York. Préalablement à l'obtention de ma maitrise en bibliothéconomie en 1999, j'ai fait des études en psychologie.

One Response to Lettres du front : Hemingway en Italie

  1. Isabelle Crépeau says:

    Bonjour Maryse,

    C’est passionnant !

    Merci!
    Isabelle

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