Jeu de pistes

Ceux d’entre vous qui apprécient les textes d’Alberto Manguel comprendront de quoi je veux parler : un livre peut ouvrir la voie à dix autres. C’est souvent la faute des écrivains qui lisent beaucoup. Et c’est ce qui m’est arrivé avec Éric Plamondon. Partie de son premier roman (voir mon billet du début juin), j’ai naturellement dérivé vers Mayonnaise, le second tome de sa trilogie et, de fil en aiguille, j’ai cheminé, erré, et surtout beaucoup lu.

Plamondon a entamé aux éditions Le Quartanier une série de romans dont le thème central est l’année 1984, année pivot pour trois de ses personnages de prédilection. Dans Mayonnaise, c’est du poète beatnik Richard Brautigan qu’il s’agit. Si vous avez aimé Hongrie-Hollywood, vous aimerez tout autant le second tome de la trilogie 1984, qui vous fera découvrir par de petits chapitres incisifs la vie de cette dernière figure littéraire de la beat generation (et vous révèlera le secret de la réussite assurée d’une mayonnaise maison).

Et d’une piste à l’autre, je me suis laissé porter jusqu’à Brautigan lui-même, et me suis offert son roman culte publié en 1967 La pêche à la truite en Amérique : je l’ai dévoré en six jours. Quelle surprenante découverte littéraire! Richard Brautigan représente assurément la génération sixties en rébellion, détachée à l’extrême du conformisme culturel et assoiffée des grands espaces offerts par l’Ouest américain. Avis aux amateurs de trame narrative fluide et structurée : prière de s’abstenir. La pêche à la truite est plutôt un patchwork d’aventures décousues, sans lien apparent, semblant n’avoir d’autre finalité que de nous faire découvrir les espaces naturels de l’Oregon et de la Californie, et de nous faire goûter les plaisirs de la camaraderie, des liens familiaux. Tout ceci sous le couvert d’un sens de la déraison qui n’est pas sans rappeler Beckett et Ionesco. Brautigan use de combinaisons de mots invraisemblables; il nous donne aussi à lire des situations rocambolesques et absurdes, comme cette fameuse liste détaillée de tous les ouvrages savants où on ne mentionne pas qu’une truite soit jamais morte noyée dans le porto. Dans un univers où les réflexes peuvent être phosphorescents, où les truites sont bossues et où un chat peut porter fièrement le prénom « 208 », Brautigan nous ouvre la porte d’un imaginaire éclaté et réjouissant, où les mots pétillent autant que fusent les idées biscornues. Univers festif étonnant- ou peut-être pas-  lorsqu’on sait que l’auteur se donna la mort en 1984, dans sa maison de campagne de Bolinas.

Mon jeu de pistes ne fait que commencer. Je m’en vais maintenant me balader vers les noms-clés de la littérature beatnik, j’ai nommé Kerouac, Burroughs, et tant d’autres… Je vous recommande aussi les Mémoires d’une Beatnik de Diane di Prima, poète emblématique de la génération beat de New York. L’été sera – heureusement – long et riche. Bonnes lectures d’été!

Éric Plamondon : « 1984.  Volume 2 : Mayonnaise« , Le Quartanier, ISBN 9782923400945

Richard Brautigan : « La pêche à la truite en Amérique ; Sucre de pastèque« , éditions 10/18, ISBN 9782264039019

Diane di Prima : « Mémoires d’une beatnik« , Ramsay, ISBN 9782841146673

À propos Caroline Fortin
Depuis qu’elle a l’âge de faire des choix, les livres et la littérature ont fait partie de sa vie. Après un passage initiatique de quelques années dans le monde de la librairie, sa piqûre pour le livre s’est ensuite concrétisée dans une suite de programmes d’étude abordant le livre sous ses mille et une facettes : études littéraires, bibliothéconomie, édition et librairie. Elle passe maintenant le plus clair de son temps à acquérir des livres sous toutes ses formes, que se soit pour son propre bénéfice ou pour celui de la Grande bibliothèque.

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