Souvenirs tendres : Blankets de Craig Thompson

(Pour faire suite, un peu par hasard, au billet de ma collègue Maryse…)

Les amateurs de romans graphiques connaissent fort probablement déjà l’existence de cet artiste de la bande dessinée américaine, j’ai nommé Craig Thompson. Mais que l’univers du trait, de la bulle et de l’encadré vous soit familier ou non, Blankets est une œuvre graphique et littéraire à découvrir sans faute. Un pavé totalisant presque 600 pages dans sa traduction française (Casterman, 2004), Blankets est un de ces livres que l’on redoute presque de terminer tellement sa lecture – les images – suscite l’émerveillement. Celui un brin mélancolique des souvenirs d’enfance. Et l’émotion vive des premières fois.

Dans Blankets, j’ai voulu essayer de répondre à une simple question : « Que se passe-t-il la première fois que l’on dort avec quelqu’un que l’on aime? [1] »

Craig Thompson dessine l’histoire d’un premier amour, celui de Craig, son alter ego élevé au sein d’une famille puritaine du Wisconsin. Le récit de cet amour naissant est enchâssé dans celui de l’adolescence tourmentée (comme le sont toutes les adolescences, mais différemment) de Craig, aux prises avec la culpabilité que lui a inculquée son éducation chrétienne fondamentaliste face à ses désirs et le sentiment de n’être à sa place nulle part dans cet horrible « vrai monde ».

Blankets est un récit d’inspiration autobiographique que l’on a qualifié de « roman graphique d’apprentissage ». La peur de grandir, le paradoxe des liens familiaux, la vulnérabilité et pourtant la sincérité des sentiments propres au passage du monde de l’enfance à celui de l’âge adulte sont autant de couches de sens qui donnent de la profondeur au récit. Les illustrations, tout en noir et blanc, foisonnent sur la page, libérées de leurs traditionnelles cases. Lyriques, parfois même expressionnistes (un style qui sied bien aux fabulations cauchemardesques ou apocalyptiques du jeune Craig), les images  traduisent de façon sensible les émotions du narrateur. Le trait de Thompson nous emporte doucement dans son univers intimiste et tendre, sous les neiges épaisses d’un hiver dans le Midwest américain.

Salué par la critique américaine lors de sa parution en 2004, Blankets fut couronné de huit prix prestigieux, dont deux Eisner Awards (2004), ainsi que du Grand Prix de la Critique (2005). Selon plusieurs, cet album consacre Craig Thompson comme l’un des grands de la bande dessinée américaine. Habibi est son œuvre la plus récente (Casterman, 2011 pour la traduction française).


[1] DELCROIX, Olivier, « Craig Thompson, l’étoile des neiges », Le Figaro Littéraire, 27 janvier 2005, p. 6.

À propos Marie-Line C. Lemay
Bibliothécaire à la Direction du développement de la Collection universelle, j'écris pour partager mon goût de lire, de penser et de faire des liens.

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