Nous sommes ce que nous cherchons (sur Google)

L’idée que nous vivons dans une société de surconsommation n’est pas nouvelle. Mais selon le technologiste Clay Johnson, nous sommes maintenant rendus au point où notre surconsommation d’information est néfaste pour nous : déficit d’attention, diminution du nombre de relations interpersonnelle significatives, perte de contact avec la réalité pour ne nommer que quelques symptômes de notre obésité informationnelle.

Dans The Information Diet, Johnson utilise adroitement l’exemple de l’industrie de l’agriculture en Amérique du Nord pour faire une comparaison avec l’industrie des médias : quelques très grosses entreprises contrôlent pratiquement tout le marché. Ces entreprises offrent des produits moins coûteux à produire, de moindre qualité et qui sont consommés excessivement.

Johnson, qui a géré la campagne électorale en ligne de Barrack Obama en 2008 par son entreprise Blue State Digital, se veut neutre. Il critique ouvertement autant les médias de droite (Fox) que ceux de gauche (Huffington Post) qui ne visent plus selon lui à informer leurs auditeurs, mais plutôt à leur offrir ce qu’ils veulent entendre.

L’auteur propose donc une diète qui a comme objectif de former le consommateur d’information à consommer de façon délibérée, ce qu’il appelle « conscious consumption ». Il suggère de réapprendre à chercher sur Internet en utilisant par exemple scholar.google.com pour obtenir des résultats scientifiques, à trier les résultats obtenus en évaluant objectivement l’intention de l’auteur et en créant soi-même à nouveau de l’information à partager avec d’autres pour nous amener à assimiler ce que nous venons d’apprendre.

D’autres suggestions intéressantes de Johnson sont un horaire d’entraînement pour retrouver notre attention, des outils en ligne pour mesurer notre perte de temps et éliminer les publicités dans notre navigateur.

Ultimement, Johnson nous lance un appel à l’action : impliquons-nous au niveau local afin de changer réellement les choses. Filtrons l’information inutile qui nous mobilise à vouloir changer d’énormes problèmes qui prendront des années à se régler. Éduquons-nous et apprenons à mieux comprendre notre gouvernement afin d’agir de façon constructive à le changer.

Une bonne recette en cette période électorale.

JOHNSON, Clay A. The Information Diet. Sebastopol, O’Reilly Media, 2012, 150 p.

Sous le fil de fer

Beaucoup d’écrivains aiment puiser dans un imaginaire débordant afin d’animer leurs histoires. D’autres, au contraire, nourrissent leurs récits d’un vécu personnel riche d’expériences. L’auteur américano-irlandais Colum McCann fait partie de cette deuxième catégorie. À 21 ans, après avoir émigré de son Irlande natale pour le Massachusetts, où il espérait pouvoir engendrer LE Grand Roman américain en l’espace d’un été, force lui fut de constater qu’il n’arriverait à rien produire de cette façon. Il avait surtout besoin de plonger tête première dans la réalité de cette Amérique qu’il idéalisait peut-être trop, pour faire naître de cette plongée des univers romanesques captivants.

Après avoir étudié le journalisme, il enfourcha donc sa bicyclette, et pendant un an et demi parcouru 40 états et pédala 19 000 kilomètres. Il traversa le désert, demeura avec les amish, dormi dans les tunnels du métro de New York aux côtés des sans-abri, et vécu des aventures innombrables. Il termina son périple dans un ranch du Texas voué à la réinsertion sociale de jeunes délinquants.

Aujourd’hui professeur de littérature, Colum McCann a enfin concrétisé son rêve initial d’écrire de grands romans, tout en donnant une saveur bien personnelle à ses histoires grâce aux expériences qu’il a vécues. On ne peut que se rendre à l’évidence : les romans et les nouvelles de McCann ont pris le rythme de la vie qu’il s’est lui-même créée : haletants, éclectiques, ancrés dans la réalité des microcosmes sociaux qu’il dépeint, tellement humains et tellement lucides.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle est construit comme une symphonie orchestrée autour d’un fait divers en apparence anodin, mais qui constitue en fait le maillon unificateur de tous les instruments de l’orchestre : quelques centaines de pieds au-dessus du bitume new-yorkais, un homme, sur un fil de fer, s’acharne à traverser la distance séparant les deux (ex) tours du World Trade Center. Tous les autres personnages du récit valseront autour de cette anecdote (la seule ayant prise dans le réel, un funambule ayant véritablement effectué la ‘traversée’ des tours en 1974).

Plusieurs milliers de personnes seront témoins, en direct ou à l’écran, de ce petit événement qui fera les manchettes pendant plusieurs jours, et dont font partie Claire, Gloria, Ciaran, Adelita, Tillie, Solomon… Cet homme fier qui valse au-dessus de leurs têtes est affranchi de toute appréhension et de toute aliénation affective, et aucune dépendance ne le retient au sol. Il ne doute pas, il ne craint rien, il marche, convaincu de sa réussite. Mais eux, simples badauds arrêtés quelques instants, dans la turbulence de leur quotidien, par cette manifestation de voltige, devront ensuite reprendre contact avec le réel : douter de leur capacité à cheminer dans les épreuves, et chercher de petits bonheurs ordinaires dans les modestes espaces qu’ils se sont appropriés.

McCann met en scène des personnages incarnés avec force et sensibilité, issus de milieux sociaux divergeant à l’extrême, mais confrontés aux mêmes angoisses universelles : l’effroi face à la mort, la peur de la solitude, le besoin de la présence de l’autre. Que ce soit dans les appartements cossus de l’Upper East Side, ou dans les ruelles glauques du Bronx, en compagnie d’une prostituée, d’un programmeur informatique ou de la femme du juge, en 1974 ou en 2006, la symphonie est rejouée sur la même note, et les acteurs finissent par tisser une trame, parfois sans le savoir, qui les lie tous. Si le funambule parvient à suivre sans embuche le tracé rectiligne de son fil, ceux qui restent par terre louvoient davantage, mais parviennent eux aussi à l’arrivée. McCann développe la psychologie de ses personnages en homme qui a beaucoup cheminé et qui a développé une empathie manifeste pour les gens croisés sur sa route. La qualité de sa plume a fait le reste, et on se prend nous-mêmes, après la lecture du Vaste monde, à vouloir sauver le monde.

McCANN, Colum, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Paris : Belfond, 2011, ISBN 9782714445063.

Incursion dans le monde des inégalités de couple

Dans certaines faculés de médecine du Québec, trois finissants sur quatre sont des femmes.

La tendance se manifeste aussi dans d’autres professions où se conjuguent argent et pouvoir.

Comme le montre ce livre, qui fourmille de statistiques, de résultats d’enquêtes sociologiques et d’anecdotes, cette situation est loin d’être unique au Québec.

Aux États-Unis, près de trois bacheliers sur cinq sont des femmes et la proportion augmente chez les détenteurs de maîtrises et de doctorats.

Et ces femmes font plus d’argent. Par exemple, les femmes dans la vingtaine qui habitent New York affichent des salaires en moyenne 17 % plus élevés que ceux des hommes de leur âge. Tout métier et toute profession confondus.

Comme le dit l’auteure, une journaliste du Washington Post, les femmes de carrière à hauts revenus «amènent maintenant les protéines sur la table». En conséquence, le rapport de force change. Elles veulent prendre les grandes décisions touchant l’unité familiale, comme l’achat de la maison. Et, nous dit fièrement l’auteure, elles les prennent.

À l’heure actuelle, aux États-Unis, les femmes sont cheffes de foyer dans deux ménages sur cinq. Dans dix ans, le phénomène touchera au moins la moitié des couples.

Quelles en sont les conséquences?

Selon l’auteure, les hommes y trouveront leur compte, car ils n’auraient pas tous le goût de la compétition qu’implique le monde du travail.

En conséquence, il se développerait, selon elle, une «nouvelle masculinité», de plus en plus d’hommes choisissant de rester à la maison afin de s’occuper des enfants et des tâches ménagères. Ou encore, acceptant de bon coeur d’être des pourvoyeurs de deuxième ordre.

En dépit du jovialisme de l’auteure, on peut facilement constater, à la lecture même de certains exemples du livre, que tout n’est pas si rose dans ce nouveau monde où les femmes de carrière incitent leurs partenaires à … surveiller leur tour de taille et à accroître leur «autonomie affective» (c’est dans le livre!).

C’est ainsi que des femmes «alpha» se désolent de ne pas trouver de partenaires «à leur niveau». Elles sont seules et se doutent qu’elles vont probablement le rester.

On constate également que dans la psyché masculine, la proximité du pouvoir, quand il est subi, n’agit généralement pas comme un aphrodisiaque.

L’auteure, qui connaît le Japon, nous montre aussi une autre réalité, qui a peu à voir avec la carte postale : des Japonais font appel à des agences spécialisées afin de se trouver des «épouses» venant d’autres pays asiatiques, et qui ont un statut moins élevé que les Japonaises qu’elles remplacent. L’auteure dit que le même genre de phénomène existe,  de façon plus subtile, en Europe et aux États-Unis. Par exemple, en Espagne, les femmes semblent préférer les hommes d’Europe du Nord et les hommes, les femmes d’Amérique latine. Les Floridiennes de carrière semblent, quant à elles, s’intéresser surtout aux hommes de New York.

Certaines des jeunes femmes qui forment le gros des cohortes en science de la santé pourraient ainsi avoir à faire des choix difficiles dans leur vie amoureuse et familiale, bien loin des représentations idéalisées des magazines féminins et des séries télévisées. Voilà une des conséquences d’une catastrophe dont on parle trop peu, le décrochage des garçons à l’école secondaire, là où les choses sérieuses se décident parfois … pour la vie.

MUNDY, Liza, The richer sex: how the new majority of female breadwinners is transforming sex, love and family, New York, Simon & Schuster, 2012, 327 p.

La chick lit : pourquoi pas!

La chick lit, ou littérature de filles, est un genre littéraire qui a émergé dans les années 90 avec, notamment, les auteures britannique Helen Fielding (Bridget Jones’s Diary, 1998) et américaine Melissa Bank (The Girls’ Guide to Hunting and Fishing, 1999). Ce genre littéraire est facile à reconnaître : beaucoup de rose, une héroïne branchée et une trame narrative résolument humoristique. Aujourd’hui, ce sont les auteures américaine Meg Cabot (Boy Meets Girl, 2004), britannique Sophie Kinsella (I’ve Got Your Number, 2012), française Alix Girod de l’Ain (Sainte Futile, 2006) et québécoise Rafaële Germain (Gin tonic et concombre, 2008) qui alimentent le genre littéraire.

Sophie Kinsella, ou Madeleine Townley Wickham de son vrai nom, est mère de cinq enfants et a déjà été journaliste financière. Elle a écrit une série de six volumes intitulée Shopaholic, traduite en français par L’accro du shopping. J’ai lu, sans trop savoir à quoi m’attendre, le cinquième tome de la série, Shopaholic and Baby. J’ai bien apprécié l’écriture simple, mais efficace et le ton humoristique de l’ouvrage : sourire aux lèvres bien souvent, j’ai même ri à plusieurs reprises! En gros, l’histoire raconte les péripéties de Becky Brandon, l’accro du shopping, pendant sa première grossesse. Pour les futures mamans, c’est une lecture d’été intéressante!

Les six volumes de la série sont disponibles en anglais dans OverDrive. En français, la série est disponible en version imprimée seulement aux éditions Belfond ou Pocket.

          

KINSELLA, Sophie, Confessions of a Shopaholic, New York, Dial Press, 2003.

KINSELLA, Sophie, Shopaholic Takes Manhattan, New York, Dial Press, 2003.

KINSELLA, Sophie, Shopaholic Ties the Knot, New York, Dial Press, 2003.

KINSELLA, Sophie, Shopaholic & Sister, New York, Dial Press, 2004.

KINSELLA, Sophie, Shopaholic & Baby, New York, Dial Press, 2007.

KINSELLA, Sophie, Mini Shopaholic, New York, Dial Press, 2010.

Livre papier et livre numérique : une joyeuse cohabitation!

Pour ce deuxième billet sur la littérature jeunesse, l’envie m’est venue de vous proposer deux albums « papier » qui font un clin d’œil au numérique. Si l’on peut lire dans le premier une critique des nouvelles technologies auxquelles on tend à attribuer tous les mérites, le second profite de notre nouvelle habitude de naviguer avec nos doigts pour carrément nous manipuler! Toutefois, on s’amuse dans les deux cas, preuve s’il en est une que papier et numérique peuvent joyeusement cohabiter!

C’est un livre

À gauche de la première page du livre, un petit âne, certainement un peu geek, s’agite avec son portable. En face de lui, sous le chapeau du singe, se cache une souris. Mais ce qui rend l’âne perplexe, ce n’est pas tant la souris que l’objet fait de papier (un livre!) qui captive le singe : il ne comprend pas du tout comment une chose qui n’a pas besoin de mot de passe ni de souris et qui est incapable d’envoyer des textos peut être intéressante, encore moins passionnante. À chacune de ses questions, le singe répond, de plus en plus agacé, « c’est un livre ». Tout de même intrigué, l’âne pique le livre des mains du singe. Et se met à lire, à lire… tant et si bien qu’il ne voit pas le temps passer. Ooooh…!

Véritable manifeste en faveur du livre et de la lecture, C’est un livre a obtenu un énorme succès commercial et critique. Son auteur, l’Américain Lane Smith, a reçu plusieurs récompenses pour son livre, dont la médaille Caldecott, un prix décerné par l’Association for Library Service to Children (ALSC) pour l’album le plus remarquable de l’année. S’il s’adresse aux enfants âgés de quatre ans et plus, il intéressera par son humour et son propos les plus grands, certainement jusqu’à dix ans. Pour les parents et les enseignants ayant des enfants subjugués par le pouvoir de la technologie, ce livre sert d’excellent point de départ à une réflexion et à une discussion sur le futile et l’essentiel qu’apporte l’accès au numérique.

C’est un livre a sa propre bande-annonce. Quand on dit que les médias s’entrecroisent, c’en est un autre parfait exemple!

Un livre

On sait désormais que les tout-petits apprivoisent les iPad et autres tablettes numériques plus aisément que bien des adultes (qui pourtant ne se trouvaient pas si bêtes avec la technologie). Voici un livre pour eux.

Sur la couverture, le titre : Un livre. Simple. Première page, encore plus simple : un rond jaune, pas de texte. Page suivante, le même rond jaune, au même endroit, mais avec cette indication : « Appuie sur ce rond jaune et tourne la page. » Et qu’est-ce qu’on fait? Évidemment, on met notre index (généralement) sur le rond jaune, on appuie légèrement, on descend délicatement notre doigt vers le coin en bas à droite de la page, on approche notre pouce et… on tourne la page! Ah! C’est simplissime, mais il fallait y penser! Surtout que les tout-petits seront on ne peut plus ravis de s’exercer! Au fil des pages tournées, d’autres ronds jaunes s’ajoutent, mais aussi des rouges et des bleus, sur lesquels on nous proposera alors de frotter, cliquer, souffler!

Le livre pensé et conçu par le Français Hervé Tullet est extraordinaire pour le tout-petit lecteur! En intervenant directement dans le processus de lecture de l’image, Un livre l’éveille aux concepts d’espace, de poids, de chute et d’envol.* Ceux qui ont lu le classique Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni retrouveront certainement le plaisir et l’efficacité des taches et des points dans les livres pour enfants. Un livre a gagné en 2011 dans la catégorie tout-petits le Prix Sorcières, remis par l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse (ASLJ) et par l’Association des bibliothécaires de France (ABF).

Mais l’aventure ne s’arrête pas là! Car si le livre a été conçu comme un clin d’œil aux applications des tablettes électroniques et autres téléphones intelligents, il allait dans la logique des choses d’en faire une adaptation… virtuelle! Disponible en anglais pour iPad et iPhone, l’application Press here propose aux petits de créer et d’expérimenter littéralement avec les mêmes ronds du livre qui vont grossir, se multiplier, émettre des notes de musique, prendre des photos, exploser en feux d’artifices! Une application intelligente et pleine de surprises, qui n’offre pas tout d’un coup et se laisse découvrir.

Je vous laisse sur un petit film inspiré du livre de Tullet, réalisé par une classe de maternelle en France et hébergé sur le site de l’auteur.

 

SMITH, Lane, It’s a book, Paris, Gallimard, 2011.

TULLET, Hervé, Un livre, Paris, Bayard jeunesse, 2010.

LIONNI, Leo, Petit-Bleu et Petit-Jaune, Paris, L’école des loisirs, c1970.

*D’après Françoise Schmid dans sa critique parue dans la Rubrique « As-Tu Lu ? » de la Revue Parole de l’ISJM  et reprise sur le site de  Ricochet-jeunes.org : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/42334-un-livre 

Découvrir Dany Laferrière

J’ai beau être bibliothécaire, je n’avais jamais lu Dany Laferrière. Pour cette première rencontre, j’ai choisi une réédition de son roman Chronique de la dérive douce.

 J’ai découvert une écriture remplie de charme et d’intelligence. L’auteur raconte sa première année à Montréal au milieu des années 1970 alors qu’il vient tout juste de quitter son Haïti natale. Il fait la connaissance des quatre saisons, des chambres miteuses, des filles de passage, du travail à l’usine, de la ville de Montréal et de ses habitants. C’est par petits tableaux qu’il nous dépeint ce qu’il vit durant cette année.

Ce récit, qui témoigne d’un grand sens de l’observation du quotidien, est rempli de poésie. On y trouve des réflexions savoureuses sur la vie montréalaise que seuls les étrangers peuvent faire grâce à leur regard nouveau.

Chronique de la dérive douce porte bien son titre. C’est une lecture qui détend et qui fait rêver. Le texte est aéré et le récit se déroule lentement sous nos yeux étonnés. Il y a de l’espace dans les chambres vides que l’auteur habite. Il y a de l’espace dans cette histoire décousue mais retenue par un fil conducteur. Il y a de l’espace pour le lecteur qui rêve avec l’auteur . On voit en images le parcours de ce jeune homme de vingt-trois ans dérouté et curieux à la fois de sa nouvelle vie. Comme les quatre saisons, il va connaître des mutations au courant de cette première année. Il en ressort un texte attachant qui décrit une expérience de Montréal comme si on la découvrait pour la première fois.

Laferrière, Dany, Chronique de la dérive douce, Montréal, Boréal, 2012, 208 p.

Laferrière, Dany, Chronique de la dérive douce, Paris, Bernard Grasset, 2012, 220 p.