L’art abstrait de Jackson Pollock

La peinture abstraite de l’artiste américain Jackson Pollock a révolutionné l’art moderne dans les années 50 et conséquemment, donné à New York son nouveau statut de capitale artistique de premier plan, détrônant Paris et ses maîtres Picasso et Matisse.

Pollock, un étudiant en art peu doué, un homme troublé et alcoolique, ne semblait pas prédestiné à bouleverser l’art moderne américain. Il naît dans l’Ouest américain, ses parents déménagent souvent. Son père quitte finalement le nid familial et Jackson, le plus jeune de cinq garçons, grandit dans une famille fractionnée.

Il débarque à New York en 1930 à l’âge de 18 ans, plutôt par accident. Il vient rejoindre son grand frère Charles qui y vit déjà depuis des années et qui y gagne sa vie en tant qu’artiste.

Pollock est tout d’abord profondément influencé par Thomas Hart Benton avec qui il suit des cours de dessin à l’Art Students League of New York. Benton, un artiste du mouvement régionaliste, prône le réalisme en peinture et valorise les villes, les paysages et les ouvriers américains, rejetant le cubisme et le modernisme européen. En 1935, l’art de Benton et Benton lui-même sont difficilement défendables à New York et son départ pour le Missouri marque la fin de la période réaliste de Pollock.

En 1936, la création du programme Federal Art Projects donne la chance aux artistes new-yorkais d’être financés pour leur art. La communauté artistique new-yorkaise s’en trouve revitalisée et l’environnement devient propice à l’expérimentation. Un atelier du peintre muraliste d’origine mexicaine David Alfaro Siqueiros, auquel Pollock assiste en 1936, lui permet de voir pour la première fois la création d’art abstrait avec de la peinture liquide projetée. Pollock voit enfin la possibilité d’aller plus loin dans son expression artistique, de dépasser les limites de ses talents en dessin.

Finalement, l’arrivée dans sa vie de Lee Krasner, qu’il épouse en 1945, et le déménagement à Springs, un village de Long Island, lui permettent d’atteindre l’apogée de son art. La sécurité affective du mariage et la grange qui lui sert maintenant de studio aideront Pollock à développer sa technique de « drip painting ». C’est en posant ses toiles au sol, en projetant la peinture sur celles-ci et en couvrant entièrement leur surface (« all-over ») qu’il réussit à produire Full Fathom Five, Number 1A, Lavender Mist et les autres œuvres synonymes de son art aujourd’hui.

C’est ce voyage fascinant dans la genèse de l’art de Pollock que nous permet de faire Jackson Pollock : An American Saga. Gagnant du prix Pulitzer en 1991 dans la catégorie biographie, cet ouvrage colossal de 934 pages, trace la vie de Jackson Pollock dans ses moindres détails. Nombreux, mais jamais superflus, ils permettent finalement de comprendre Pollock et de voir dans son art, le reflet de son angoisse et de ses passions.

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NAIFEH, Steven. Jackson Pollock : An American Saga. Aiken, S.C. : Woodard/White, 1989.

NAIFEH, Steven. Jackson Pollock. Auch : Tristram, 1999.

Voici la facture

L’auteur nous dit quelque chose d’étrange et d’inconfortable à la fois. À savoir que la bureaucratie fédérale se développe à un rythme effréné et que le Québec en finance l’expansion à ses dépens.

Entre 1998 et 2009, la masse salariale de l’État fédéral a explosé de 108%, alors que le revenu moyen des familles a augmenté de 22%. Et pourtant, signale l’auteur, l’État fédéral ne paie ni infirmières, ni enseignants, ni éducatrices en garderie puisque la facture est réglée par Québec. Plus de 42,000 fonctionnaires fédéraux gagnent plus de 100,000$ par année.

Basé sur l’étude des sections III et IV des Comptes publics de 2010, ce livre donne ainsi un aperçu des retombées au Québec des dépenses de fonctionnement de plus de vingt-cinq ministères et organismes fédéraux.

Prenons le tout premier ministère de la liste, celui des Affaires étrangères et commerce international (MAECI).

L’auteur nous rappelle que ce ministère a fermé une série d’ambassades dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest parce que le gouvernement Harper veut concentrer sa diplomatie dans les pays anglophones du continent africain. Et que les agents du commerce extérieur du MAECI pensent «Saskatoon» et «London, Ontario» plutôt que «Val-d’Or» et «Sherbrooke» dans leur stratégie d’attraction d’investissements étrangers. Voilà pour l’aspect politique de la chose qui lui, ne se comptabilise jamais.

Mais revenons à nos moutons.

En 2010, 8,3% des achats en biens et services du MAECI ont été faits au Québec.

Et en grattant un peu, l’auteur découvre que le MAECI a versé une somme de 6,6 milliards de dollars à General Motors (Détroit, Michigan) à titre de «paiements de transferts». Ce qui donne près de 1,3 milliards de dollars provenant des contribuables québécois, soit 161$ par personne ou 650$ pour une famille de quatre.

En 2009, les Québécois ont également donné, avec  leurs impôts, près du quart des 13 milliards de dollars versés par Ottawa à l’industrie ontarienne de l’automobile. Parallèlement, l’industrie forestière québécoise récoltait un gros 70 millions pour sa restructuration et la survie des régions.

En tout et partout, l’auteur estime que le Québec a reçu en 2010 l’équivalent de 11% des dépenses en biens et services de l’État fédéral.

Comme le dit l’auteur, c’est l’équivalent d’une série de camions de la Brink’s  traversant, d’est en ouest, la rivière des Outaouais.

GOBEIL, Stéphane, Un gouvernement de trop, Montréal, VLB, 2012, 175 p.

Ceci n’est pas une pomme

Il fut un homme qui, avocat de son métier, eut un jour l’idée folle d’écrire quelques histoires. La folie ne résidait pas dans cette envie soudaine de faire de la littérature, non, car qui un jour n’y rêva point? Ce qui étonna surtout ses collègues du barreau, de même que le Tout-Berlin où celui-ci pratiquait le droit criminel, fut qu’il choisit de placer au cœur de ses histoires quelques-unes des causes les plus intrigantes qu’il avait eu à plaider comme avocat de la défense. Secret professionnel oblige, il dût s’exercer dans l’art de maquiller suffisamment les contextes, les personnages et les lieux de ses faits divers pour que nul ne puisse discerner le vrai du faux dans les onze nouvelles de son premier livre.

La conception du système judiciaire qu’avait cet homme était assez humaniste et sa tolérance envers la nature humaine lui avait enseigné que, en droit pénal comme ailleurs, même la personne la plus coupable aux yeux de la loi possède un bagage intérieur complexe et peut témoigner de diverses expériences pour justifier ses actes, du moins à ses propres yeux. L’avocat choisit donc de mettre en valeur l’histoire intime et parfois surprenante des gens qu’il fut appelé à défendre, malgré toute l’horreur des gestes qu’ils avaient parfois posés. Il mit en œuvre tout son talent littéraire pour faire cheminer son lecteur dans les méandres de l’âme humaine, en des lieux où la justice, avec tout son protocole, ne s’aventure jamais.

Il raconta ainsi l’histoire de ce gardien de musée qui, après avoir passé 23 ans à surveiller la même statue dans la même salle du même musée, sombra dans un état qui lui fit commettre des actes de délinquance, à la limite de l’inquiétant. Il parla aussi de Friedhelm qui, à 72 ans, en toute lucidité, assassinat sa femme qu’il continuait pourtant d’aimer, malgré le mépris et la hargne qu’elle lui avait manifestés pendant près d’un demi-siècle. Il mit en scène Karim, le fils le plus naïf d’une famille où le crime était génétique; Karim qui, contre toute attente, parvint à manipuler les preuves incriminant l’un de ses frères pour détourner l’accusation vers un autre membre de sa famille. Et il évoqua le souvenir de cette jeune violoncelliste qui en vint à commettre le geste ultime envers son frère, à qui la fatalité réservait de toute façon une fin atroce.

En tout onze récits, onze faits divers ficelés dans la psychologie, dans le style, dans la création; onze histoires stupéfiantes où, pour chaque phrase, le lecteur se questionnait sur la part de réel et la part de fiction qui les constituaient… La complexité de l’esprit humain pouvait engendrer, on le savait, des intrigues plus invraisemblables que le plus inconcevable roman d’aventures. Mais le nouvel auteur eut la sagesse de clore son recueil de nouvelles en citant le titre d’une célèbre toile de René Magritte, Ceci n’est pas une pomme, fermant ainsi la porte aux éventuelles remarques à propos de la véracité des évènements qu’il avait narrés. La littérature se suffisait à elle-même, l’art se suffisait à lui-même. Nul besoin de chercher la vraie pomme là où il n’y avait que représentation.  Si les histoires avaient su plaire, l’écrivain n’avait pas failli à la tâche.

Y a-t-il un intérêt à savoir que le réel a nourri la fiction? Un lecteur a-t-il le droit de chercher le fait vécu dans toute œuvre littéraire? Un récit de fiction peut-il guider le lecteur vers la vie, vers la vraie vie? D’éternelles questions qui n’ont pas fini d’animer nos débats et de redéfinir l’idée que chacun de nous peut se faire d’une bonne histoire…

VON SCHIRACH, Ferdinand, Crimes, Paris, Gallimard, 2011.