Les États-Unis, en déclin?

On a parfois l’impression que les Québécois et les Américains vivent sur deux planètes différentes.

Prenons les impôts. Où ailleurs qu’aux États-Unis passerait-on un référendum réellement passionné, comme à Atlanta l’été dernier, sur l’opportunité de hausser la taxe de vente de 0,01$ pendant dix ans?

Oui, vous avez bien lu. Un cent sur un dollar … afin de financer la rénovation et l’expansion d’un réseau autoroutier à deux doigts de l’asphyxie. Car telle était la finalité de l’exercice, puisqu’à l’image de bien des régions américaines où les grandes routes ont été construites au temps d’Einsenhower, les voitures et les camions remorques du «juste-à-temps» se suivent en d’immenses caravanes, du matin au soir, provoquant de perpétuelles congestions.

Un important économiste du pays de l’Oncle Sam a d’ailleurs senti la nécessité de titrer son dernier livre The price of civilization. Il y explique que les impôts servent ni plus ni moins qu’à … «acheter la civilisation». Car c’est avec les impôts, dit-il, que se développent les infrastructures routières et ferroviaires, la santé publique, l’éducation, la formation professionnelle, la recherche et développement. Or, comme le note Jeffrey Sachs, célèbre pour ses «thérapies de choc» en Russie et en Amérique latine, les contribuables américains sont en «révolte fiscale» permanente, ce qui oblige Washington à emprunter de plus en plus d’argent.

Certains pensent que l’Oncle Sam finira par trouver l’issue en faisant tourner sa planche à billets à pleine vapeur, comme à la belle époque de la République de Weimar. Et qu’à cause de l’hyperinflation qui en résulterait, la dette rétrécirait comme peau de chagrin, appauvrissant les acheteurs – surtout étrangers! – d’obligations et de bons du Trésor des États-Unis qui se feraient de nouveau avoir, comme certains s’étaient fait rouler dans la farine avec le fameux «papier commercial». L’immensité de la dette est l’un des arguments choc des prophètes du «déclin» des États-Unis.

Sans répondre directement aux interrogations sur la dette, Daniel Gross s’oppose toutefois au diagnostic «décliniste». Ce journaliste spécialisé en économie montre, de façon convaincante, que les choses ont beaucoup changé depuis la crise financière de 2008-2009. Les entreprises américaines se sont restructurées, le pays est en pleine réindustrialisation, les exportations ont rebondi et les États-Unis sont redevenus le lieu le plus attractif de la planète pour les investissements étrangers.

Débordant d’un optimisme typiquement américain, l’auteur met beaucoup l’accent sur la capacité de son pays à se «reconstruire» en raison d’attitudes culturelles, d’une énergie particulière et de façons à la fois déterminées et audacieuses d’envisager les choses.

Un chapitre portant sur l’exploitation du pétrole dans le Dakota du Nord (capitale : Bismarck) l’illustre à merveille. L’or noir y est extrait par fracturation hydraulique. Cette technique a suscité un boom économique d’une ampleur telle que le Dakota du Nord a créé un fonds souverain pour le bénéfice futur de ses citoyens, un peu à l’instar du Fonds des générations du gouvernement du Québec.

Un de mes auteurs préférés, le prolifique et toujours stimulant Patrick Artus, estime que l’exploitation du gaz de schiste, également extrait par fracturation hydraulique, constitue une arme décisive aux mains de nos voisins du Sud dans l’arène sans pitié qu’est le marché économique mondial. Étant peu coûteux à produire, le gaz de schiste procurera aux États-Unis, selon Patrick Artus, l’équivalent d’une poussée de 2,5 points du PIB. En conséquence, il considère que l’année 2014 sera celle de l’Oncle Sam.

Les États-Unis, en déclin? Comme on le voit, la question comporte plus d’une facette et elle ne se répondra pas aujourd’hui. À l’image d’une requête sur Google qui produirait plus de cinquante-deux millions de résultats, il y a vraiment beaucoup à dire … et à lire! Soyez assurés que nous y reviendrons. Entre-temps, n’hésitez pas à partager vos lectures sur ce sujet des plus fascinants en cliquant sur le lien Laisser un commentaire.

GROSS, Daniel. Better, stronger, faster : the myth of American decline and the rise of a new economy, New York, Free Press, 2012, 260 p.

À propos Jean-François Barbe
Bibliothécaire au niveau trois de la Grande Bibliothèque, à la thématique Histoire, sciences humaines et sociales. Chroniqueur «livres» au journal Finance et Investissement.

One Response to Les États-Unis, en déclin?

  1. François Riverin says:

    Chaque fois que je lis tes critiques de livre, ça me donne le goût de les lire. Comme Joukov que je vais acheter à ma prochaine visite de librairie.

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