Investir en Bourse

Parce qu’ils n’ont pas de régime de retraite à prestations déterminées, certains veulent prendre leur avenir financier en main et investir eux-mêmes en Bourse.

D’autres se laissent tenter, soit par jeu, soit par dépit face aux médiocres rendements de leurs fonds communs de placement, qui ne dépasseront pas 4 % par année (nets de frais) selon les projections de l’Institut québécois de planification financière (IQPF).

Dans ce premier livre, le journaliste financier Bernard Mooney veut montrer qu’il est possible d’obtenir des gains annuels de 10 % en Bourse (nets de frais). La clé consisterait à trouver des sociétés en croissance et à bas prix. Mais comment y arriver? En analysant froidement la situation après avoir lu de nombreux rapports annuels, journaux et lettres financières. «Pour l’investisseur, la lecture d’un rapport annuel se compare, pour un danseur, au fait de danser», dit-il.

Or, ces rapports annuels sont loin d’être faciles à saisir. Le sens en est obscur, et bien souvent, à dessein. Et même si une compagnie est plus transparente que la moyenne, on n’y coupe pas: il faut réellement y consacrer beaucoup de temps et d’énergie, car on ne lit pas les rapports annuels, les états financiers et les notes afférentes comme des livres de recettes ou des magazines de décoration.

Deux autres livres, l’un du même auteur, l’autre du gestionnaire de portefeuille Guy Le Blanc, nous donnent toutefois quelques clés pour mieux comprendre ces fameux rapports annuels.

Guy Le Blanc nous indique là où il faut particulièrement faire attention, par exemple le ratio d’endettement et les fonds auto-générés. Mais l’intérêt de son livre va au-delà de ces pistes d’information. Très respecté par ses pairs, Le Blanc raconte son parcours d’investisseur, de ses débuts au milieu des années quatre-vingt jusqu’à aujourd’hui. C’est assis aux tables de lecture de bonnes bibliothèques, dit-il, qu’il a appris les rudiments de ce qui allait devenir son métier. Il y a étudié à fond un des maîtres de l’investissement, Benjamin Graham.

Surnommé le «père de l’investissement axé sur la valeur», Graham a posé les bases de l’analyse fondamentale, laquelle repose sur des éléments que l’on trouve dans les rapports annuels. L’un de ses «héritiers» les plus célèbres est sans conteste Warren Buffett. Celui-ci a fait l’objet de nombreuses biographies. L’une des meilleures est celle d’Alice Schroeder, une brique de plus de 900 pages – les Américains aiment en avoir pour leur argent! – dont le titre fait référence à cette capacité hors du commun de Buffett à prévoir ce qui fera «boule de neige» au point de vue financier. Mais soyez prévenus: le talent de Buffett va bien au-delà d’un «don» de lecture de rapports annuels.

Ceci dit, il n’y pas qu’une seule approche valable en matière d’investissements. Loin de là.

Par exemple, le gestionnaire de portefeuille Peter Lynch, qui a fait la fortune de Fidelity dans les années quatre-vingt, soutient qu’on peut tous battre les pros de l’investissement en transposant aux marchés boursiers les compétences pointues qu’on a pu développer dans la vie de tous les jours. Par exemple, un vendeur de vêtements d’un centre commercial pourrait se rendre compte, un peu avant tout le monde, qu’une nouvelle marque de manteaux suscite l’engouement de sa clientèle. Il ne lui resterait plus, alors, qu’à acheter le titre du fabricant avant que les pros ne se mettent de la partie.

Mais l’écrasante majorité de ceux qui arrivent, bon an mal an, à faire bonne figure en Bourse consacrent énormément de temps à leur art, car la concurrence est vive et très grande la complexité. Comme le dit si bien Guy Le Blanc, «si investir en Bourse était simplement une question de ratios financiers, tous les comptables seraient riches».

Moralité : si vos fonds communs de placement ne génèrent que 4 % par année, n’y voyez pas une calamité!

MOONEY, Bernard, Maîtriser les démons de la bourse : des outils pratiques pour contrer les comportements irrationnels de l’investisseur, Montréal : Éditions Transcontinental, 2012. 179 p.

MOONEY, Bernard, Investir à la bourse et s’enrichir : compagnies extraordinaires, rendements extraordinaires, Montréal, Québecor, 2012, 303 p.

LE BLANC, Guy et LE BLANC, Philippe, La bourse ou la vie : les secrets d’un investisseur, Saint-Bruno, Cote 100, 2012, 404 p.

SCHROEDER, Alice, L’effet boule de neige : la biographie officielle de Warren Buffett, Hendaye, Valor, 2010, 951 p.

LYNCH, Peter, One up on Wall Street : how to use what you already know to make money in the market, New York, Simon & Schuster, 2000, 304 p.

Partir, version Westfalia

Y’a toujours un projet ambitieux qu’on nourrit en secret, basé sur cette petite fondation si frêle mais si pleine de potentiel qu’on nomme injustement le temps perdu. On a beau se répéter que ça n’aboutira jamais, qu’on poursuit des chimères, rien à faire, on continue : on y investit du temps, de l’argent, de l’énergie et, surtout, du cœur. Je caresse moi aussi un beau grand rêve que je continue d’alimenter sans savoir s’il se réalisera un jour : il prend la forme d’une immense carte des États-Unis sur laquelle sont épinglées des dizaines et des dizaines de punaises marquant les étapes d’une grande virée de plusieurs milliers de kilomètres .

Évidemment, ma lecture récente de Sur la route, de Jack Kerouac n’a pas aidé à calmer mes envies de partir. C’est un roman que je voulais lire depuis des lustres, et le fait d’avoir tant tardé m’a donné la chance de pouvoir m’attaquer au texte d’origine, celui d’avant les coupures éditoriales, celui qu’on nomme mythiquement le « rouleau original ». Lorsque Kerouac en rédigea la première version en 1951, il le fit de façon soutenue, en trois semaines à peine, ne s’accordant que peu de répit. Peut-être pour témoigner du rythme de vie qu’il avait adopté lors de ses quatre traversées des États-Unis (car La route est en fait construite autour d’évènements concrets), ou peut-être parce qu’il était dans l’urgence de coucher ses souvenirs sur papier avant l’oubli, Kerouac rédigea son roman en un seul jet, sans chapitre ni alinéa, sur un grand rouleau de papier à calligraphie qu’il s’était fabriqué et qu’il avait ajusté aux dimensions de sa machine à écrire.

Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphes (…) l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route.

Dans cette version originale, dont la traduction vient récemment d’être publiée dans son intégralité chez Gallimard, les passages qui avaient été gommés à la demande de l’éditeur, parce que jugés trop scabreux pour l’époque, ont retrouvé leur place. Les protagonistes ont repris leur vrai nom, Sal Paradise redevenant ainsi Kerouac, et son compagnon de route Dean Moriarty se réincarnant en Neal Cassady. Le texte est tel que Jack l’avait viscéralement senti, dans la fougue de ses vingt-neuf ans et son ardeur à raconter le pays à travers ce qu’il appelle sa « démence de vivre ».

Sur la route est une ode à la métaphysique du voyage. Kerouac nous emmène avec lui dans des virées prodigieuses à travers la presque totalité des états américains. Avec une complicité d’une intensité difficile à concevoir avec son ami Cassady, l’auteur évoque la liberté d’esprit caractéristique de la beat generation, et affecte un détachement quasi complet envers les ressources matérielles et monétaires qui lui font pourtant rudement défaut. Si les deux compères n’ont pas les moyens d’acheter une voiture, ils choisissent alors le bus, et lorsqu’ils n’ont carrément pas un sou, ils lèvent le pouce en espérant qu’une âme charitable se range sur le bas-côté. Quant à ce qui est de dormir et de manger, ils affichent là aussi la même désinvolture.

Des attraits touristiques qui parsèment leur itinéraire, Jack ne fait nulle mention. Il ne s’agit pas d’un récit de voyage, ni d’une apologie de la beauté des espaces traversés. Ce roman est d’abord l’évocation de la nuit américaine, l’évocation d’un rythme de vie à contresens, où l’existence prend tout son sens à la tombée du jour, lorsque la canicule se fait moins oppressante dans les états du Sud, ou lorsque les airs de blues de la Nouvelle-Orléans appellent à une douce folie. Jack et Neal ressentent l’appel de la route et cette frénésie du déplacement se communique de l’un à l’autre. Et si le point de départ de ces voyages est presque toujours  New-York, la destination, elle, n’est souvent qu’un prétexte à rouler sans fin.

Oui! Toi et moi, Jack, on irait voir le monde entier avec une tire pareille, parce que, mec, la route, elle doit bien finir par mener au monde entier. Où veux-tu qu’elle aille, sinon?

Lire Kerouac ne m’a pas fait ajouter une étape de plus sur ma grande carte, mais j’ai réalisé grâce à lui que la route, j’entends ici le déplacement, c’est d’abord et avant tout une manière d’aller à la recherche de soi-même, et que regarder un paysage défiler sur des milliers de kilomètres, pendant des dizaines de jours, hors de tout ce qui nous est familier, finit par ébranler nos certitudes et modifier nos points de vue.

Bien sûr, des récits de la route, il y en a tant et tant d’autres, de grands classiques comme de plus obscurs. La route stimule l’imaginaire, et les romans qui l’évoquent sont nombreux. Mentionnons bien sûr les fameux Raisins de la colère de John Steinbeck, ou le Volkswagen blues de notre compatriote Jacques Poulin. Mais je pourrais aussi vous parler d’un Las Vegas parano subversif et déjanté, ou vous proposer la lecture dÀ la recherche du Capitaine Zéro, plus contemplatif.

Quant à mon rêve fou de partir en Westfalia sur les routes américaines, si la littérature l’avive, les splendides guides de voyage de la bibliothèque ne font rien pour que je le remise au placard. Voici trois de mes coups de cœur du moment, chacun proposant une manière différente de traverser les États-Unis. Et si l’envie de partir vous turlupine vous aussi, vers n’importe quelle destination sur la planète, n’hésitez pas à venir passer une petite heure dans les cotes 910 du niveau 3. Une véritable caverne d’Ali-Baba! S’il ne vous manquait qu’un bon prétexte pour prendre le large, les collections de la GB vous en fourniront plusieurs. Bonne route! 

Routes mythiques des USA.  (Les plus belles des routes mythiques des États-Unis. Un guide abondamment illustré et une approche vivante du pays, à travers des facettes telles que les arts, la culture, l’histoire, etc.)

De New Orleans à Nashville : La route mythique de la musique.  (Traversez les villes légendaires du jazz, du blues, du rock et du country par la route 61. Il ne s’agit pas ici d’un guide de voyage, mais plutôt d’un album de découvertes, avec de superbes photographies pleine page. De la Louisiane au Tennessee, voyagez au rythme des airs de l’Amérique du XXe siècle.)

The most scenic drives in America.  (Une centaine des routes les plus splendides de l’Amérique du Nord selon le Reader’s Digest. Le livre est truffé de cartes géographiques pour bien nous situer, et les principaux attraits touristiques des différentes régions sont clairement identifiés. Roulez dans des parcs nationaux dont la beauté sauvage est à couper le souffle, le long des côtes escarpées du Pacifique, à travers les immenses forets de séquoias géants, traversez les chaines de montagnes et les déserts américains…)

KEROUAC, Jack, Sur la route : le rouleau original, Paris, Gallimard, 2012. Aussi disponible en format poche dans la collection Folio.

POULIN, Jacques, Volkswagen blues, Montréal, Leméac, 1998.

STEINBECK, John, Les raisins de la colère, Paris, Gallimard, 1972.

THOMPSON, Hunter S., Las Vegas parano : une équipée sauvage au cœur du rêve américain, Paris, éditions 10/18, 1998.

WEISBECKER, Alan C., À la recherche du Capitaine Zéro, Nattages, Inverse, 2006.

David Grossman : le pouvoir de la littérature

David Grossman est un auteur israélien qui use de son art comme d’un moyen privilégié pour considérer des situations de conflits armés sous des angles différents de ceux des discours officiels et des statistiques, anonymes. C’est par le travail de création littéraire qu’il est possible de redonner toutes les nuances de leur personnalité aux victimes de violence, de dépasser la peur et d’exprimer la souffrance attachée à ces situations.

Grossman expose ses idées sur le travail de création littéraire dans le recueil d’essais-conférences Dans la peau de Gisela, Politique et création littéraire. Ce sont ces textes qui m’ont amenée à la lecture d’un de ses premiers romans, Voir ci-dessous: amour, qui porte sur la douloureuse histoire de l’Holocauste. Datant du début des années 1980 et publié en français en 1991, cette oeuvre incarne les idées de Grossman sur le pouvoir de la littérature.

En 1959, Momik est un enfant israélien de neuf ans qui tente de rencontrer ce qu’il nomme « la bête nazie ». C’est qu’il veut sauver ses parents de la peur qu’elle leur inspire toujours, mais dont ils refusent de lui parler, pour le protéger. Plongeant par lui-même dans les récits de l’Holocauste, Momik devient à son tour un adulte marqué par la peur, mais, surtout, un écrivain dont la tâche est d’affronter par l’écriture cette catastrophe indicible.

C’est avec difficulté qu’il s’y plongera, en mettant en scène son « grand-père » Wasserman. Dans un camp de la mort, n’arrivant pas à mourir, celui-ci se retrouve à devoir raconter une histoire, soir après soir, à Neigel, l’officier nazi qui commande le camp. Et grâce à son art, Wasserman amènera Neigel à tomber dans son piège : « (l’)infecter du virus de l’humanité » (Seuil, 1995, p. 341).

Marquante d’intelligence, prenante d’émotion, la lecture de Voir ci-dessous : amour est riche, bouleversante et surprenante. La structure narrative du roman, complexe, donne une intensité particulière au récit et souligne la difficulté de raconter la brutalité et l’horreur. Et c’est en leur opposant, magnifiquement, la vie trop brève d’un enfant, que Grossman réussit à la fin, avec simplicité, à imposer la nécessité d’en finir avec la guerre.
______________________________________

En 2012, les éditions du Seuil ont publié en français Tombé hors du temps : récit pour voix, par David Grossman.

En 2011, il a remporté le prix Médicis du roman étranger pour Une femme fuyant l’annonce (Éditions du Seuil, 2011).

Progresser jusqu’au déclin

Ah! le progrès! Qu’elle est belle cette faculté qu’a l’humanité d’innover, inlassablement, pour son plus grand bien! Quoiqu’en y regardant de plus près, on constate que ce n’est peut-être pas toujours pour son bien…

Dans Brève histoire du progrès (publié en anglais en 2004 sous le titre A Short History of Progress), l’historien, essayiste et romancier Ronald Wright se penche sur la notion de progrès pour montrer que ce dernier peut s’avérer dangereux, voire catastrophique. Wright trace le portrait des comportements humains autodestructeurs répétés à travers les époques en espérant que nous mettrons un jour fin au cercle vicieux.

Sur le plan de l’évolution, qu’est-ce qui distingue l’humain des autres animaux? C’est sa capacité de dépasser les contraintes environnementales et physiques grâce à sa faculté de transmettre par la parole, de génération en génération, des connaissances et des savoir-faire. La culture, qui « peut s’adapter bien plus rapidement que les gènes à de nouvelles menaces ou à de nouveaux besoins » (p. 43), devient ainsi la force motrice de son évolution, et ce, pour le meilleur et pour le pire.

Wright explique notamment comment le perfectionnement des techniques de chasse durant le Paléolithique supérieur a, selon lui, constitué le premier piège du progrès rencontré par l’humain. C’est cependant sur les effets de l’invention de l’agriculture, la grande innovation du Néolithique, qu’il s’attarde le plus longuement. Il montre comment ce mode de subsistance, qui est encore aujourd’hui le fondement de l’économie mondiale, a entraîné une forte augmentation de la population, créé des différences de richesse et de pouvoir, fait décliner la liberté de la majorité et détérioré dangereusement l’environnement.

Brève histoire du progrès« Une fois que la nature décide de reprendre son bien – par l’érosion, les récoltes déficitaires, la famine et la maladie –, le contrat social s’effrite. (…) tôt ou tard, la relation entre le souverain et le paradis devient illusion ou mensonge. Alors, les temples sont pillés, les statues renversées, les barbares invités, et on voit s’enfuir par une fenêtre du palais l’empereur aux fesses nues. » (p. 102)

Pour illustrer ses propos, l’auteur raconte de façon captivante les cas de quatre civilisations qui ont connu leurs heures de gloire avant d’épuiser les bienfaits de la nature et de s’écrouler : les civilisations sumérienne, pascuane, romaine et maya.

Le cas des Sumériens est assez représentatif du phénomène. Les difficultés qu’ils ont rencontrées pour arriver à cultiver leurs terres ont donné lieu à plusieurs innovations : la charrette à roues, l’attelage de bœufs, l’utilisation du cuivre et du bronze, de même que l’écriture. Ces progrès ont cependant eu deux effets dévastateurs qui ont mené la civilisation sumérienne à sa perte. D’abord, sur le plan social, les champs ont fini par appartenir exclusivement à des seigneurs et à de grandes familles, tandis que les gens du peuple sont devenus des serfs et des métayers, ou même des esclaves. Pire encore, les rois ont acquis un droit de vie ou de mort sur la population. Ensuite, sur le plan environnemental, la déforestation et l’irrigation ont causé de graves dommages aux terres agricoles.

Un autre bon exemple d’une croissance sans frein qui mène au déclin d’une population est celui des Pascuans. Au Moyen Âge, les habitants de l’île de Pâques coupaient les arbres plus rapidement que ces derniers ne pouvaient pousser afin d’ériger leurs fameuses statues, les moaï. Si bien qu’un jour, il n’y eut plus assez de bois pour construire des maisons ou les bateaux qui leur auraient permis de pêcher ou de quitter l’île.

Wright s’attarde finalement sur les conséquences de la rencontre entre Européens et Amérindiens avant d’énumérer plus brièvement une série d’événements plus récents qui montrent à quel point l’humanité n’apprend pas de ses erreurs. En effet, nous avons beau pressentir que certains de nos agissements nous mènent tout droit vers un précipice, nous ne ralentissons pas notre course effrénée au soi-disant progrès, bien au contraire.

Note : Brève histoire du progrès a inspiré le documentaire Survivre au progrès de Mathieu Roy et Harold Crooks.

WRIGHT, Ronald, Brève histoire du progrès, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2011, 216 p.

Version originale anglaise :
WRIGHT, Ronald, A Short History of Progress, Toronto, House of Anansi Press, 2004, 211 p.
Aussi disponible en livre numérique.

Des livres pour Noël… et pour toute l’année!

Qui dit Noël dit bien souvent cadeaux. Et dans mon cas, qui dit cadeaux, dit livres. Quelques semaines après le temps des fêtes, j’ai pensé vous faire part ici de la liste de mes emplettes : les ouvrages de littérature jeunesse offerts par la fée des étoiles (chut!) aux enfants qui l’entourent. Des livres minutieusement choisis, selon leurs goûts et leur personnalité. Et qui se retrouvent presque tous pour emprunt à la Grande Bibliothèque.

Zach, 2 ans

Lui, c’est un sacré gourmand! Jamais rassasié, pas pique-assiette pour deux sous. D’ailleurs, lors d’un récent voyage en Chine, il est le seul de sa famille (incluant ses parents) à avoir goûté à tout! On pourrait même penser que Zach, c’est le petit garçon que l’on voit à la toute dernière page de Fourchon, un album de Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault. Pauvre petit Fourchon : ni fourchette ni cuillère, pourtant un peu des deux, il ne trouve sa place nulle part dans la coutellerie. Quelqu’un saura-t-il un jour apprécier sa double utilité? Une histoire à la fois touchante et rigolote, inspirée de ce drôle d’ustensile que l’on propose aux enfants qui commencent à manger seuls. Fourchon a gagné le Prix des libraires du Québec 2012, catégorie Jeunesse Québec 0-4 ans et fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants, une publication de la Bibliothèque nationale de France.

Mykoïan, 2 ans et demi

Lui et sa sœur n’ont porté que des couches lavables, son père refuse le téléphone intelligent et dénonce à chaque occasion la société capitaliste et la surconsommation. J’ai donc eu envie de faire plaisir à la fois au père et à sa descendance en leur offrant La clé à molette, un livre d’images d’Élise Gravel. Alors qu’il se rend dans un magasin à grande surface pour acheter la simple clé à molette dont il a besoin, Bob se laisse convaincre par le vendeur d’acheter toutes sortes d’objets dont il n’a aucunement besoin – et plusieurs fois plutôt qu’une! Avec beaucoup d’humour et sans nous faire la morale, Élise Gravel nous amène à réfléchir sur nos comportements de consommateur, et ce, peu importe notre âge. La clé à molette a reçu le Prix du Gouverneur général 2012, catégorie Jeunesse-illustrations et, comme Fourchon, il fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants.

La clé à molette est aussi disponible en version électronique.

Liam, 3 ans et demi

C’est mon clown sentimental préféré. Il danse mieux que Fred Astaire et fait les plus beaux câlins du monde. Mais ce qui m’émeut le plus avec mon filleul, c’est que tout l’émerveille. Aussi, la première fois que j’ai lu Charles à l’école des dragons, d’Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, c’était décidé, j’allais le lui offrir pour Noël, même si Liam aurait seulement 3 ans et demi et qu’on suggère ce livre pour des enfants un peu plus vieux. Car Charles, comme Liam, est un grand sensible, un poète. Il n’a pas envie d’impressionner ni d’intimider, juste d’être lui-même. J’ai très hâte de lui en faire la lecture, collés l’un contre l’autre derrière les pages de cet album très grand format, de voir ses yeux éblouis par les illustrations riches et pleines de détails de Jean-Philippe Turin, de partager son inquiétude et son empathie pour Charles et, enfin, de voir son grand sourire à la fin, car tout y finit bien! Charles à l’école des dragons a obtenu le Prix jeunesse des libraires du Québec 2011, catégorie hors-Québec pour les 5-11 ans.

Une deuxième aventure de Charles, Charles, prisonnier du cyclope, est parue à l’automne dernier.

Zïa, 5 ans

Elle porte comme nulle autre le tutu rose, les leggings rayés noir et blanc, les boucles d’oreilles en vrai-faux rubis et la casquette de camouflage piquée à son frère… et tout ça en même temps! Grande « lectrice d’images » depuis fort longtemps, elle sait depuis peu tracer les lettres et les lire. À ma filleule préférée, j’ai offert le dernier ouvrage de l’incomparable Gilles Bachelet, Madame le Lapin Blanc. Cette dame dont on parle dans le titre n’est en fait nulle autre que l’épouse du célèbre Lapin Blanc, le personnage d’Alice au pays des merveilles. Sous forme de journal intime, elle dévoile les hauts et les bas de sa vie de femme au foyer. Mère de six petits lapins, on comprend pourquoi Madame le Lapin Blanc se sent débordée, surtout avec un mari pressé, souvent absent de la maison, fort occupé par ses tâches au palais d’une certaine Reine de cœur…

Évidemment, avant d’offrir ce livre à Zïa, je m’étais assurée qu’elle connaissait l’histoire d’Alice au pays des merveilles, du moins dans son ensemble. Un facteur qui, s’il n’est pas indispensable, rend beaucoup plus amusante l’histoire de cette épouse dévouée, et réjouissantes les références faites au conte de Lewis Carroll (d’ailleurs, je vous suggère cette adaptation-ci, illustrée par Chiara Carrer). Madame le Lapin Blanc a reçu le prix Pépite de l’Album 2012.

Cliquez ici pour écouter Gilles Bachelet parler de Madame le Lapin Blanc.

Nathaniel, 14 ans

Il a lu Bilbo le Hobbit quatre fois. Oui oui, quatre. Et ce n’est pas parce que sa belle-mère le sous-alimente en romans et autres lectures, lui apportant chaque mois nouveautés ou classiques qu’elle vante avec passion. Rien à faire, aucune autre aventure littéraire n’a su détrôner à ce jour celle du Hobbit. J’ai donc décidé d’emprunter un chemin détourné – et peut-être aussi un peu risqué – en lui offrant un essai récent sur son œuvre fétiche, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, par Corey Olsen. Un bel objet livre, une belle brique. Son premier « vrai livre d’adulte »  est encore bien fermé sur sa table de chevet, mais lorsqu’il l’a découvert sous le papier d’emballage, j’ai vu dans ses yeux l’expression satisfaite du collectionneur…

La lecture en cadeau

Je m’en voudrais de terminer ce billet sans mentionner le programme La lecture en cadeau, de la Fondation pour l’alphabétisation, qui remet un livre neuf à des enfants qui ont moins la chance d’avoir des livres à la maison. Noël est passé, mais pendant les Salons du livre de la province, l’organisme tient un kiosque où il est alors possible de déposer dans la boîte prévue à cet effet un livre tout nouveau tout beau que l’on souhaite offrir.

P.-S. (petit secret) Un aspect non négligeable lorsqu’on offre un livre en cadeau : lorsqu’il est bien choisi, il est aussi emballant pour celui qui le reçoit qu’il est facile à emballer pour celui qui le donne! Parole d’une fée des étoiles à l’esprit pratique!

Bachelet, Gilles, Madame le Lapin Blanc, Paris, Seuil jeunesse, 2012.

Cousseau, Alex, Charles à l’école des dragons, illustré par Philippe-Henri Turin, Paris, Seuil jeunesse, 2010.

Gravel, Élise, La clé à molette, Montréal, La Courte échelle, 2012.

MacClear, Kyo, Fourchon, illustré par Isabelle Arsenault, Montréal, La Pastèque, 2011.

Olsen, Corey, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, Boston, New-York, Houghton Mifflin Harcourt, 2012, 318 p. ISBN : 978-0-547-7394