Le paradis des uns, l’enfer des autres

Après l’aventure judiciaire qui les a opposés à Barrick Gold et à Banro, deux des auteurs et l’éditeur de Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique étaient de retour en 2012 avec un livre sur les dérives des sociétés minières canadiennes et sur la façon dont le Canada leur facilite la vie.

Dans Paradis sous terre, Alain Deneault et William Sacher démontrent que ce n’est pas un hasard si 75 % des compagnies minières du monde ont leur siège social ici. En effet, le Canada leur offrirait un paradis fiscal et judiciaire leur permettant d’exploiter – ou de piller – sans scrupules les ressources à l’étranger. Les auteurs appuient leurs affirmations sur une imposante bibliographie.

Paradis sous terre, d'Alain Deneault et William SacherEn ouverture, un retour au XIXe siècle montre comment la quasi-absence de réglementation à la Bourse de Toronto et chez les organismes qui l’ont précédée a favorisé la spéculation, les stratagèmes douteux et les scandales de toutes sortes. Or, encore aujourd’hui, la réglementation, minimale, est facile à contourner grâce au peu d’enthousiasme des instances concernées à la faire appliquer et à la complaisance des autorités judiciaires. Le champ reste ainsi libre pour les délits d’initiés, le trafic d’influence et la corruption.

De surcroît, le gouvernement canadien fait tout pour encourager l’investissement minier, notamment en permettant aux sociétés de se soustraire aux impôts en toute légalité, en les soutenant financièrement, en leur accordant un accès privilégié aux territoires et en ne leur imposant que peu de contraintes environnementales.

Ce n’est pas tout. Le Canada fait aussi office de paradis judiciaire puisqu’il y est presque impossible de traduire en justice les minières qui commettent des crimes à l’extérieur des frontières : « Ou la loi canadienne ne le permet pas, ou les indispensables autorisations politiques ne sont pas délivrées » (p. 119). En revanche, dans les pays du Sud, les poursuites abondent… contre les États et les défenseurs des droits de la personne ou de l’intégrité des écosystèmes qui se mettent en travers de la route des minières. Même au Canada, ceux qui osent soulever des questions sur les agissements des sociétés d’ici à l’étranger risquent d’être poursuivis et muselés par ces dernières au nom du « droit à la réputation ».

S’ajoute aux mesures fiscales incitatives et à la protection judiciaire l’ingérence diplomatique canadienne pour protéger à tout prix les entreprises minières. Des pressions seraient exercées sur les gouvernements du Sud afin qu’ils adoptent des règles avantageant l’industrie extractive canadienne.

Les résultats de tout cela? Ils sont multiples et dévastateurs. Les activités minières canadiennes à l’étranger provoquent en effet des perturbations sociales, économiques et environnementales majeures : liens d’affaires avec des acteurs de conflits armés, pillage de ressources naturelles, pollution massive et destruction d’écosystèmes, inondation de terres arables, expropriations brutales, recours à des groupes paramilitaires, corruption, évasion fiscale et contrebande.

Bref, si elles s’en mettent plein les poches et en font profiter un peu leurs actionnaires, c’est surtout la désolation que les minières canadiennes sèment chez les populations du Sud.

Merci à MM. Deneault et Sacher de nous ouvrir les yeux sur cette situation méconnue.

                                              

DENEAULT, Alain et William SACHER, Paradis sous terre – Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale, Montréal / Paris, Écosociété / Rue de l’échiquier, 2012, 188 p.
Aussi disponible en livre numérique.

À propos Véronique Parenteau
Bibliothécaire, services numériques

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