C’est l’été, c’est la saison du baseball!

Dans Le vieil homme et la mer, Santiago et le gamin parlent de baseball. « Aie confiance dans les Yankees, mon enfant. Pense au grand DiMaggio! », lui dit le vieux.

Le baseball est un sport magnifique. C’est parfois l’un des premiers domaines où le fils apprend à argumenter. Bien souvent, c’est l’activité familiale par excellence. Simple à comprendre, lent, très zen, il enseigne les vertus de la patience, de la discipline, de la persévérance, ainsi que les limites de la « toute-puissance ». Une saison est composée de 162 parties. On en gagne une, tout est à recommencer dès le lendemain. On en perd une, deux ou trois d’affilée, et il faut tout oublier, et vite!, car des dizaines d’autres doivent encore être jouées. Le grand DiMaggio avait beau claquer circuit après circuit, il savait que de parfaits inconnus du club adverse pouvaient éventuellement en cogner davantage et « se sauver » avec la victoire.

Terry Francona incarne l’idéal classique du gérant d’équipe de baseball. Il a remporté deux Séries mondiales à Boston. Vivant totalement pour son sport, accessible, sans chichis, il était très populaire auprès des joueurs, des médias et des partisans. Congédié de façon déguisée en 2011, il a pris sa revanche en se confiant à un journaliste du Boston Globe.

Francona. The Red Sox Years montre comment pense et fonctionne au jour le jour cet instructeur-chef un peu bourru, enthousiaste comme pas un, connaisseur du jeu et des personnalités de ses joueurs. Une des clés de sa popularité semble être sa capacité à reconnaître le potentiel et le caractère de chacun des joueurs, ainsi qu’à les protéger de l’oeil scrutateur des médias. Il s’arrange pour que chaque joueur sente qu’il fait partie d’une équipe pouvant se rendre loin. C’est ce qu’on appelle avoir du leadership.

Ce livre donne également la clé pour comprendre son congédiement déguisé. Selon Francona, les propriétaires avaient détruit la chimie de l’équipe en ciblant des agents libres qui devaient être sexy au point de vue marketing, c’est-à-dire susceptibles d’attirer d’autres publics et de faire exploser les cotes d’écoute. Francona estime qu’on lui a fait porter le chapeau d’une stratégie qui a plongé les Red Sox dans le marasme pendant deux ans.

Toutefois, cette intéressante incursion dans l’arrière-boutique du baseball s’arrête là. Elle laisse ainsi intacte l’image à la Walt Disney que veut se donner le passe-temps national américain. Car Francona n’aborde pas les aspects réellement problématiques des salaires démentiels – certains joueurs « valent » davantage que certains pays de la planète! – et de l’usage des drogues, un phénomène endémique comme le soutient l’ex-lanceur étoile Éric Gagné dans Game over : l’histoire d’Éric Gagné.

Selon Éric Gagné, pas moins de 80% des joueurs des Dodgers de Los Angeles en faisaient usage au milieu des années 2000!

De l’autre côté du miroir

Écrit avec brio par le journaliste Martin Leclerc, Game over : l’histoire d’Éric Gagné raconte un parcours d’exception. À l’âge de 15 ans, Éric Gagné quitte la maison familiale pour réaliser son rêve. Chapeau! Huit ans plus tard, il porte l’uniforme des Dodgers de Los Angeles. En 2003, il remporte le trophée Cy Young, remis annuellement au meilleur lanceur du baseball. Il est le seul Québécois à avoir mérité ce prestigieux trophée.

Sa carrière a été phénoménale : son surnom, Game over (ou Partie terminée) voulait tout dire. Mais la chute a été vertigineuse. Parce qu’il avait consommé des hormones humaines de croissance (HGH), il a rapidement été incommodé par une série de blessures qui l’ont affaibli et qui ont raccourci sa carrière. Son nom a ensuite été irrémédiablement associé à cette erreur de jugement avec la publication du rapport Mitchell, du nom d’un ancien sénateur qui publie en 2007 un rapport identifiant près de 90 joueurs soupçonnés d’avoir consommé des drogues visant à améliorer leurs performances.

Afin d’expliquer sa décision d’alors, Éric Gagné soulève un dilemme moral : « et si un joueur prenait mon poste à cause de produits dopants que moi, le cave, j’aurais refusé de prendre? »

Le résultat a été désastreux, puisque cette drogue ne lui a pas donné plus de talent, mais tout simplement l’illusion d’être invincible en masquant temporairement les douleurs d’un athlète qui lance, à peu près quotidiennement, des « pois » de plus de 95 milles à l’heure.

Bizarrement, la quasi-totalité des joueurs associés au rapport Mitchell n’en ont pas perdu le sommeil. Par exemple, Andy Pettitte continue à lancer pour les Yankees, Gregg Zaun commente les parties des Blue Jays alors que Jason Giambi finit sa carrière avec les Indiens de Cleveland aujourd’hui dirigés par … Terry Francona!

Toutefois, Éric Gagné et sa réputation en ont vraiment souffert, un peu comme si dans cette histoire, et peut-être en raison d’une mauvaise compréhension des codes culturels américains, il avait joué le rôle de l’agneau sacrificiel.

Ce livre est à lire par tous ceux qui veulent mieux comprendre le baseball, ainsi que l’ambition, admirable mais désorientée, d’un jeune Québécois dans le sport national de l’Oncle Sam.

HEMINGWAY, Ernest, Le vieil homme et la mer, Paris, Gallimard, 2007, 148 p.

FRANCONA, Terry et Dan SHAUGHNESSY, Francona : the Red Sox years, Boston, Houghton Mifflin Harcourt, 2013, 306 p.
Également disponible en format audio

LECLERC, Martin, Game over : l’histoire d’Éric Gagné. Biographie, Montréal, Hurtubise, 2012, 324 p.
Également disponible en format numérique

À propos Jean-François Barbe
Bibliothécaire au niveau trois de la Grande Bibliothèque, à la thématique Histoire, sciences humaines et sociales. Chroniqueur «livres» au journal Finance et Investissement.

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