L’homme est un porc-épic pour l’homme

Mémoires de porc-épic, d'Alain Mabanckou« il y en a parmi ces romanciers qui vendraient leur mère ou leur père pour me voler mon destin de porc-épic, ils s’en inspireraient, écriraient une histoire dans laquelle je n’aurais pas toujours le meilleur rôle et passerais pour un animal aux mauvaises mœurs, » (p. 155)

Vous l’ignorez peut-être, mais vous avez un double. Un double animal qui peut être pacifique (c’est le cas de la majorité) ou nuisible. C’est du moins ce qu’arrivera presque à vous faire croire le romancier d’origine congolaise Alain Mabanckou dans Mémoires de porc-épic.

Le rongeur qui se raconte ici est devenu, bien malgré lui, le double nuisible d’un homme nommé Kibandi. Obéissant aux ordres de ce dernier – à qui il a été lié par sorcellerie –, le porc-épic exécute tous ceux qui ont osé se mettre en travers de la route de son maître, ne serait-ce que du bout du pied.

Étrangement, pour tuer, le porc-épic de l’histoire projette ses piquants, alors que ses congénères du monde réel, on le sait, ne peuvent en faire autant. Peu importe, on l’accepte volontiers. Après tout, cette fable philosophique, comme beaucoup d’œuvres africaines, tient du fantastique.

Après la mort de Kibandi, le mammifère, repentant, se confie à un baobab en un long monologue écrit sans ponctuation autre que des virgules. Au début, ce procédé déroute : on cherche son souffle. L’habileté de l’auteur fait toutefois en sorte qu’on s’habitue rapidement à ce rythme plus instinctif que normatif.

À la lecture du roman, on se demande qui, de la bête ou de l’homme, est le plus cruel. En effet, le lecteur est confronté à la part sombre de l’homme qui ordonne des meurtres pour des raisons de plus en plus obscures, ainsi qu’à la part humaine de l’animal qui parle, lit et réfléchit. Ne vous surprenez pas si, après cette lecture, vous ne percevez plus les animaux de la même façon…

Une lettre publiée à la fin du livre éclaire le lecteur sur l’origine (fictive) du récit. Ceux qui auront d’abord lu Verre Cassé, le roman précédent de Mabanckou, apprécieront davantage cette explication en forme de clin d’œil.

                                                                

Notes :

  • Mémoires de porc-épic a remporté le prix Renaudot en 2006.
  • Alain Mabanckou est l’auteur d’une dizaine de romans, mais aussi d’essais et de recueils de poèmes. Il est par ailleurs professeur de littératures de langue française à l’Université de Californie à Los Angeles.

MABANCKOU, Alain, Mémoires de porc-épic, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 2007, 228 p.

À propos Véronique Parenteau
Bibliothécaire, services numériques

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