Lève-toi et marche, une réflexion sur le monde du crime

Un lecteur de la Grande Bibliothèque m’a fait découvrir Barbelés de Pierre Ouellet.

L’auteur, qui a environ soixante ans, a passé la plus grande partie de sa vie en maison de correction et en prison. Il a été braqueur de banques et complice de meurtre. Un homme, dont la mission consiste à protéger les autres, est mort à cause de ses choix.

L’addition se paie en prison, avec de longues années passées dans une espèce de temps suspendu. «J’ai l’impression d’avoir cessé de vieillir sur le plan psychologique alors que mon corps a suivi le rythme des saisons et en porte la trace», dit-il.

L’auteur a donc beaucoup de temps devant lui. Et avec lui, on se demande pourquoi. Pourquoi avoir jeté sa vie en l’air? Car des chances, il en a eues, et plus d’une. Par exemple, un jour, il sort de prison et il reconquiert son amour de jeunesse … pour mieux replonger, sans réfléchir, dans le monde du crime.

«Pourquoi t’as fait ça, Pierre? Pourquoi t’as fait ça? Je ne comprends pas», lui demande la femme de sa vie.

La psychanalyste suisse Alice Miller avait sa petite idée. Pour elle, le comportement criminel est parfois le fruit d’une enfance maltraitée, comme lorsque l’enfant est battu ou lorsqu’il n’existe que pour répondre aux besoins émotionnels de la mère. La délinquance et la criminalité deviennent alors une des avenues que l’enfant pourra emprunter afin de ne pas vivre la vie de quelqu’un d’autre. Évidemment, cette voie est illusoire et sans issue. Mais pour éviter de s’enfoncer dans la criminalité, il faut que le jeune adolescent ou adulte rencontre quelqu’un, un psychologue ou un travailleur social, qui lui fasse comprendre au plus vite d’où vient sa rage.

Peut-être parce que ce type de rencontre n’a jamais eu lieu, l’auteur n’arrive à aucune explication, ce qui rend la lecture plutôt agaçante. Et puisque l’auteur n’arrive pas à construire son propre récit, on sent qu’il n’y aura pas de «rédemption» ou de fin heureuse à l’américaine.

En revanche, son talent est suffisant pour nous garder «captif» dans un monde qui se densifie au fil des pages. Un peu comme si l’auteur avait la capacité, s’il s’y mettait, avec du travail et de la discipline, à devenir un véritable écrivain.

Mais il faudra attendre. Après sa dernière libération, ses vieux démons l’ont repris, de sorte qu’il se retrouve à nouveau derrière les barreaux.

Cette lecture m’a remis en mémoire Personne ne voudra savoir ton nom, récit d’un felquiste, prisonnier politique des années soixante et soixante-dix, abandonné, sans appui et déchiqueté par les bêtes furieuses qui dominaient sa prison; le film Hochelaga, tranchant comme une lame de rasoir, où les si bien nommés Dark Souls ne font qu’une bouchée de la vie d’un jeune homme plein de promesses ainsi que Histoire de pen, autre film du même Michel Jetté, portant sur un monde absolument féroce et sans pitié, celui de la criminalité organisée qui régit l’intérieur des murs d’une prison, et qui, encore une fois, brise une autre vie. Des antidotes pour ceux qui voient encore les univers de la prison et du crime comme un «roman».

OUELLET, Pierre. Barbelés : récit, Montréal, Éditions Sémaphore, 2013, 338 p.

MILLER, Alice. L’essentiel d’Alice Miller, Paris, Flammarion, 2011, 1001 p.

SCHIRM, François. Personne ne voudra savoir ton nom, Montréal, Les Quinze, 1982, 211 p.

JETTÉ, Michel. Histoire de pen, Québec, Christal Films, 2002, DVD, 112 min, avec Emmanuel Auger, Karyne Lemieux, David Boutin et Paul Dion

À propos Jean-François Barbe
Bibliothécaire au niveau trois de la Grande Bibliothèque, à la thématique Histoire, sciences humaines et sociales. Chroniqueur «livres» au journal Finance et Investissement.

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