Complot : Le krach de 1929

À la maison d’édition Delcourt, on a eu la brillante idée de mettre en bande dessinée des événements de l’histoire en y ajoutant une théorie du complot. C’est ce qui a donné naissance à la collection Complot dont j’ai lu le titre Le krach de 1929.

Au lieu de présenter les événements historiques tels quels, on les transforme en oeuvres de fiction. On peut alors parler d’histoire alternative ou d’uchronie.

Dans ce cas-ci, on a imaginé que le krach de 1929, à Wall Street, avait pour origine un complot nazi orchestré par un jeune Allemand fraîchement diplômé en économie et particulièrement brillant.

C’est amusant de déformer ainsi l’histoire pour donner un nouveau sens aux événements de 1929 qui trouveront même des échos en Allemagne, jusqu’à servir la cause d’Hitler et du nazisme.

Le scénario de la BD a été conçu par Gihef et les dessins par Luc Brahy.

Cette collection n’en est qu’à ses débuts. Pour nous divertir avec d’autres événements marquants de l’histoire revisités par la théorie du complot, les ouvrages suivants paraîtront dans la même collection : La fin des Templiers, La bataille d’Hamburger Hill et Le mystère du Titanic.

En attendant la parution de ces titres, on peut aussi effectuer une recherche Sujet dans le catalogue Iris en utilisant les mots Complot Bandes Dessinées, ce qui donnera plus d’une douzaine d’autres titres à découvrir!

GIHEF, Complot. Le krach de 1929, Paris, Delcourt, 2014, 55 p.

Serge Fiori : un musicien unique

J’ai toujours trouvé que la musique d’Harmonium a quelque chose de planant; plus particulièrement celle de l’album L’heptade. Cette musique a une dimension spirituelle qui aide à se sentir plus près de son âme, à s’entendre respirer, à se sentir apaisé. Mais qui exactement est à l’origine de ce groupe mythique?  Qui en a été le principal compositeur et comment s’y prenait-il pour créer ces univers sonores uniques? C’est en lisant la biographie Serge Fiori : s’enlever du chemin que j’ai trouvé réponse à ces questions qui intéressaient la musicienne en moi. Serge Fiori est le fils unique de Georges Fiori, un Québécois d’origine italienne et musicien amateur, et de Claire Dauphinais, une coiffeuse et styliste ambitieuse.

En faisant la connaissance du musicien, on découvre un être singulier au parcours inusité qui se révèle un leader-né au talent musical hors du commun. Le livre décrit le cheminement de l’artiste, de l’enfance à la vie adulte. Toutes les personnes qu’il a côtoyées nous sont présentées : du cocon familial, en passant par la famille élargie, les amis, les nombreux collaborateurs professionnels, et bien sûr, les amoureuses.

Louise Thériault, l’auteure de cette biographie, est thérapeute en relation d’aide de profession. Elle a été l’amoureuse de Serge Fiori, puis son amie. Elle dépeint donc en détail les relations interpersonnelles de celui-ci ainsi que son univers intérieur. Comme bien des créateurs, il est un être ultra-sensible, angoissé et torturé. Il doit affronter ses démons pour trouver un certain équilibre. Ayant vécu un important bad trip de drogue à l’adolescence, il en subira les conséquences toute sa vie.

Si vous avez aimé la musique d’Harmonium, vous aimerez en savoir plus sur l’histoire de ce groupe musical et de son principal créateur grâce à cette biographie. On se surprend à vivre l’ascension du groupe avec excitation, comme si on en faisait partie. Vous saurez également quel a été le parcours professionnel de Serge Fiori après la dissolution du groupe et pourquoi il a quitté la scène publique depuis ce temps. Vous connaîtrez l’être intime qui se cache derrière l’œuvre musicale et comment ce créateur a réussi à se bâtir une vie qui lui convient.

THÉRIAULT, Louise, Serge Fiori : s’enlever du chemin, Montréal, Éditions du CRAM, 2013, 388 p.

Les albums d’Harmonium: Harmonium, Les cinq saisons, L’heptade, Harmonium en tournée

Le DVD d’une tournée d’Harmonium: Harmonium en Californie

Chères Belles-Soeurs

J’ai lu la pièce de théâtre de Michel Tremblay pour me préparer à en entendre la version musicale : musique de Daniel Bélanger et mise en scène de René Richard Cyr.

En toile de fond de cette histoire, il y a un party de timbres. Germaine Lauzon a gagné des timbres qu’elle va pouvoir échanger contre des articles en catalogue. Elle invite ses sœurs et ses amies (dont une seule belle-sœur!) à venir coller ces timbres chez elle tout en jasant, en grignotant et en prenant un p’tit verre de « liqueur » (sic) dans la cuisine.

L’intrigue s’articule autour d’une série de révélations des personnages à travers des monologues et des chœurs. C’est pour cette raison qu’elle se prête si bien aux chansons. Puisées à même le texte de Tremblay, des portions ont été brillamment mises en musique pour en faire des chansons solos ou des chœurs qui vont du comique au dramatique.

En lisant la pièce, j’ai eu du plaisir avec le joual. Il rend les personnages sympathiques, colorés, vivants et l’orthographe est vraiment drôle. J’ai apprécié la pièce pour elle-même, mais aussi parce que sa lecture m’a permis de mieux en goûter la version spectacle. Comme je connaissais l’histoire, je pouvais me concentrer sur l’interprétation et la mise en scène.

Lors du spectacle, la pièce a pris encore plus de relief grâce au jeu des comédiennes, aux chorégraphies et, surtout, grâce à la musique. Autant dans les moments tragiques que comiques, la musique est venue ajouter de l’intensité aux émotions. La cuisine est devenue un music-hall. La pièce, un cri chanté de femmes qui souffraient de leur soumission à leur mari et aux conventions sociales, de leur vie misérable et étroite. Leur seul espoir semblait le bonheur illusoire de la société de consommation.

D’habitude, je ne suis pas une amatrice de comédies musicales. Cette fois-ci, grâce au joual, je me suis reconnue tant dans la langue que dans l’humour et j’ai adoré ça.

 Je vous recommande fortement de voir le spectacle Les Belles-Sœurs si vous ne l’avez pas vu. Il sera encore à l’affiche à Montréal et dans les environs en 2013  . Si vous avez le temps de lire la pièce avant d’y aller, vous ne regretterez pas de connaître ce classique de notre littérature et vous goûterez d’autant plus le spectacle.

 À partir de la fin d’avril, nous aurons également droit à une autre pièce de Tremblay (Sainte Carmen de la Main) en théâtre musical; elle est concoctée par les mêmes complices…

TREMBLAY, Michel, Les Belles-Soeurs, Arles (France); Actes sud; Montréal: Leméac, impression 2007, 93 p.

Qu’arrive-t-il à Lulu?

Dans la quarantaine, Lulu est mère de trois enfants : deux jeunes garçons et une ado. Elle est aussi la femme d’un homme colérique qui a un penchant pour l’alcool.

Un jour, après une entrevue d’embauche, Lulu téléphone à son sympathique mari pour lui raconter comment l’entrevue s’est déroulée, puis elle décide de ne pas rentrer à la maison immédiatement.

De fil en aiguille, l’absence de Lulu se prolonge. Elle part en cavale pour se donner l’oxygène qui lui manque dans sa vie familiale et fait des rencontres surprenantes. Elle ne cherche rien de particulier, sauf l’évasion.

Pendant ce temps, sa famille et ses amis s’inquiètent. Ce sont eux, réunis autour d’une table, qui nous racontent l’escapade de Lulu, car deux d’entre eux l’ont revue. Mais voyant Lulu transformée, ils n’ont pas réussi à la convaincre de revenir au bercail.

Nous, lecteurs, sommes complètement accros au destin de cette Lulu que nous connaissons à peine. Que va-t-il lui arriver?

Histoire captivante, Lulu, femme nue : un récit, est une bande dessinée en deux tomes d’Étienne Davodeau; elle sera bientôt portée au grand écran (http://lulufemmenuelefilm.wordpress.com/).

Une femme ordinaire qui a atteint ses limites, un scénario bien ficelé et une forme narrative originale remplie de rebondissements : voilà de quoi combler la lectrice que je suis et attiser ma curiosité pour découvrir d’autres histoires du même cru. On trouve à la Grande Bibliothèque vingt-deux ouvrages de cet auteur français, soit comme auteur unique, soit comme collaborateur.

Né en 1965 dans les Mauges de parents ouvriers, Étienne Davodeau a étudié les arts plastiques et fondé le studio Psurde avec d’autres passionnés de BD pour publier ses premiers travaux, aujourd’hui introuvables. La première publication officielle d’Étienne Davodeau remonte à 1992. Depuis, il n’a cessé de raconter la vie tumultueuse des gens ordinaires à travers ses bandes dessinées.

DAVODEAU, Étienne, Lulu, femme nue: un récit, Paris, Futuropolis, 2008.

L’autre pays de Gilles Vigneault

Il a rêvé et mis en poèmes son pays. Il l’a chanté. Il l’a même revendiqué sur la place publique. Mais que connaissons-nous de son pays intérieur?

Après avoir entendu Gilles Vigneault faire allusion à sa vie spirituelle, le célèbre journaliste et animateur de radio Pierre Maisonneuve a voulu en savoir plus. Pour ce faire, il s’est d’abord replongé dans l’œuvre de Vigneault à travers ses livres et ses chansons afin d’en relever la dimension spirituelle. Puis il a rédigé 125 questions à poser au grand poète. Celui-ci étant encore très actif, il a fallu remettre à plusieurs reprises le rendez-vous fixé. Finalement, ils ont passé trois jours ensemble pour ce long interview.

Il en est résulté un livre d’une rare profondeur où les grands thèmes de la vie spirituelle sont abordés : le sacré, le silence, la prière, la solitude, la quête d’infini, le mystère et la mort. Gilles Vigneault nous fait le plaisir de replonger dans son enfance pour se souvenir des moments forts où sa foi a pris naissance auprès de son père, de sa mère et de quelques personnes clés. En bon conteur qu’il est, il nous livre des anecdotes remplies des saveurs d’une époque révolue.

Entre l’éducation religieuse qu’il a reçue et sa foi actuelle, on découvre qu’il a conservé l’amour du sacré, des rituels et des cérémonies. L’art du spectacle n’est-il pas une forme de cérémonie? Ancien professeur de latin, il continue de réciter des prières par cœur dans cette langue. Mais il n’a gardé ni la peur de l’enfer et du jugement, ni une foi repliée sur elle-même, caractéristiques d’une autre époque. Croire est également, selon lui, la confiance en soi et dans les autres. Croire et croître sont des mots si près l’un de l’autre.

Gilles Vigneault est un être infiniment fidèle à lui-même; à ce qu’il a reçu des autres souvent à même ses racines et au chemin qu’il a emprunté dans sa vie et qu’il continue de tracer. Un chemin d’intégrité et d’expression de la beauté poétique du monde.

Un livre à déguster comme un bon porto et à relire comme un poème. Une nourriture qui fait du bien et où on découvre la spiritualité d’un homme devenu un monument vivant.

MAISONNEUVE, Pierre, Vigneault:un pays intérieur, Montréal, Novalis, 2012, 142 p.

Une BD instructive

Pourquoi Guy Delisle a-t-il écrit les Chroniques de Jérusalem? Parce que sa femme, qui travaille pour Médecins Sans Frontières (MSF), a obtenu un contrat d’un an en Israël et qu’il a choisi de la suivre. Il sera, pendant ce temps, l’homme de la maison; celui qui s’occupe des enfants et travaille, dans ses temps libres, à un nouveau projet de bande dessinée.

Il nous raconte donc en images son quotidien avec ses enfants qu’il mène à la garderie en se tapant les bouchons de circulation de Jérusalem. Au cours de l’année, il nous fait part de sa découverte des lieux saints : le mur des Lamentations, l’esplanade des Mosquées avec le Dôme du Rocher, le Saint-Sépulcre, le mont des Oliviers… Il découvre aussi quelques traditions religieuses du pays dont une assez cocasse.

Guy Delisle prend conscience de ce qu’est le fameux mur israélien, érigé depuis 2002 entre les Palestiniens et les Israéliens, long de 730 km et large de 50 à 100 mètres selon les endroits. Un mur de béton, de fils barbelés et de détecteurs électroniques où les portiques (ou « checkpoint ») sont contrôlés par l’armée israélienne. Il dessine ce mur et se fait souvent demander de quitter l’endroit car on n’a pas le droit de s’attarder près du mur. Les gens armés et les contrôles de sécurité sont omniprésents dans le pays, surtout aux abords et à l’intérieur des colonies juives où les visites guidées sont complètement différentes selon l’origine et le point de vue du guide.

Durant son séjour, quelques congrès, expositions de BD et ateliers viennent nourrir le travail de Guy Delisle. Il découvre comment l’attitude des étudiants varie selon les régions. Mais il a peu de temps pour avancer son propre projet de BD.

Entre les enfants, les gens de MSF de passage à l’appartement, le travail exigeant de sa femme et les péripéties du quotidien, le temps lui manque pour dessiner des croquis comme il aime le faire, en se baladant dans le pays. Quoi qu’il en soit, il finira par pondre ses Chroniques de Jérusalem. Il réussira également à nous donner envie de voyager, de faire nous aussi des croquis et de lire d’autres de ses séjours en dessins tels que Chroniques birmanes, Pyongyang et Shenzhen.

DELISLE, Guy, Chroniques de Jérusalem, Paris, Guy Delcourt productions, 2011, 333 p.

L’homme de la Saskatchewan

Un chat qui s’appelle Chop Suey, une Montagnaise aux jambes interminables surnommée la Grande Sauterelle, un écrivain célèbre et son petit frère forcé d’être son écrivain fantôme (le temps d’une biographie sur un joueur de hockey métis), voilà les personnages clés de ce dernier roman de Jacques Poulin.

Avec peu de mots et beaucoup de couleurs, l’auteur nous raconte une histoire  où l’amour et l’écriture se côtoient à travers des personnages plus originaux les uns que les autres.

Grâce à un joueur de hockey déterminé à faire connaître l’histoire de ses ancêtres et à faire respecter la langue française au sein du Grand Club, nous plongeons dans la Saskatchewan des Métis. Mais comment transformer les paroles du hockeyeur, enregistrées sur de petites cassettes, en biographie?

Cette question donne à Jacques Poulin l’occasion de parler d’écriture et de révéler quelques secrets de maître par l’entremise de Jack, l’écrivain célèbre.

Quant au personnage principal, Francis le petit frère, il accepte avec scepticisme d’être un écrivain fantôme pour rendre service à son grand frère Jack, pris par un nouveau projet de roman. Mais pour ce faire, il doit passer du métier de lecteur à celui d’écrivain. Au fur et à mesure que le récit de son livre se construit en lui, il passe également du rôle du petit frère à celui d’un homme à part entière. Tant qu’à relever des défis, sera-t-il aussi possible de séduire la Grande Sauterelle?

Tout cela prend du doigté et de l’imagination, tout comme ce roman de Jacques Poulin.

Poulin, Jacques, L’homme de la Saskatchewan, Montréal, Leméac, 2011, 120 pages.