Investir en Bourse

Parce qu’ils n’ont pas de régime de retraite à prestations déterminées, certains veulent prendre leur avenir financier en main et investir eux-mêmes en Bourse.

D’autres se laissent tenter, soit par jeu, soit par dépit face aux médiocres rendements de leurs fonds communs de placement, qui ne dépasseront pas 4 % par année (nets de frais) selon les projections de l’Institut québécois de planification financière (IQPF).

Dans ce premier livre, le journaliste financier Bernard Mooney veut montrer qu’il est possible d’obtenir des gains annuels de 10 % en Bourse (nets de frais). La clé consisterait à trouver des sociétés en croissance et à bas prix. Mais comment y arriver? En analysant froidement la situation après avoir lu de nombreux rapports annuels, journaux et lettres financières. «Pour l’investisseur, la lecture d’un rapport annuel se compare, pour un danseur, au fait de danser», dit-il.

Or, ces rapports annuels sont loin d’être faciles à saisir. Le sens en est obscur, et bien souvent, à dessein. Et même si une compagnie est plus transparente que la moyenne, on n’y coupe pas: il faut réellement y consacrer beaucoup de temps et d’énergie, car on ne lit pas les rapports annuels, les états financiers et les notes afférentes comme des livres de recettes ou des magazines de décoration.

Deux autres livres, l’un du même auteur, l’autre du gestionnaire de portefeuille Guy Le Blanc, nous donnent toutefois quelques clés pour mieux comprendre ces fameux rapports annuels.

Guy Le Blanc nous indique là où il faut particulièrement faire attention, par exemple le ratio d’endettement et les fonds auto-générés. Mais l’intérêt de son livre va au-delà de ces pistes d’information. Très respecté par ses pairs, Le Blanc raconte son parcours d’investisseur, de ses débuts au milieu des années quatre-vingt jusqu’à aujourd’hui. C’est assis aux tables de lecture de bonnes bibliothèques, dit-il, qu’il a appris les rudiments de ce qui allait devenir son métier. Il y a étudié à fond un des maîtres de l’investissement, Benjamin Graham.

Surnommé le «père de l’investissement axé sur la valeur», Graham a posé les bases de l’analyse fondamentale, laquelle repose sur des éléments que l’on trouve dans les rapports annuels. L’un de ses «héritiers» les plus célèbres est sans conteste Warren Buffett. Celui-ci a fait l’objet de nombreuses biographies. L’une des meilleures est celle d’Alice Schroeder, une brique de plus de 900 pages – les Américains aiment en avoir pour leur argent! – dont le titre fait référence à cette capacité hors du commun de Buffett à prévoir ce qui fera «boule de neige» au point de vue financier. Mais soyez prévenus: le talent de Buffett va bien au-delà d’un «don» de lecture de rapports annuels.

Ceci dit, il n’y pas qu’une seule approche valable en matière d’investissements. Loin de là.

Par exemple, le gestionnaire de portefeuille Peter Lynch, qui a fait la fortune de Fidelity dans les années quatre-vingt, soutient qu’on peut tous battre les pros de l’investissement en transposant aux marchés boursiers les compétences pointues qu’on a pu développer dans la vie de tous les jours. Par exemple, un vendeur de vêtements d’un centre commercial pourrait se rendre compte, un peu avant tout le monde, qu’une nouvelle marque de manteaux suscite l’engouement de sa clientèle. Il ne lui resterait plus, alors, qu’à acheter le titre du fabricant avant que les pros ne se mettent de la partie.

Mais l’écrasante majorité de ceux qui arrivent, bon an mal an, à faire bonne figure en Bourse consacrent énormément de temps à leur art, car la concurrence est vive et très grande la complexité. Comme le dit si bien Guy Le Blanc, «si investir en Bourse était simplement une question de ratios financiers, tous les comptables seraient riches».

Moralité : si vos fonds communs de placement ne génèrent que 4 % par année, n’y voyez pas une calamité!

MOONEY, Bernard, Maîtriser les démons de la bourse : des outils pratiques pour contrer les comportements irrationnels de l’investisseur, Montréal : Éditions Transcontinental, 2012. 179 p.

MOONEY, Bernard, Investir à la bourse et s’enrichir : compagnies extraordinaires, rendements extraordinaires, Montréal, Québecor, 2012, 303 p.

LE BLANC, Guy et LE BLANC, Philippe, La bourse ou la vie : les secrets d’un investisseur, Saint-Bruno, Cote 100, 2012, 404 p.

SCHROEDER, Alice, L’effet boule de neige : la biographie officielle de Warren Buffett, Hendaye, Valor, 2010, 951 p.

LYNCH, Peter, One up on Wall Street : how to use what you already know to make money in the market, New York, Simon & Schuster, 2000, 304 p.

Les États-Unis, en déclin?

On a parfois l’impression que les Québécois et les Américains vivent sur deux planètes différentes.

Prenons les impôts. Où ailleurs qu’aux États-Unis passerait-on un référendum réellement passionné, comme à Atlanta l’été dernier, sur l’opportunité de hausser la taxe de vente de 0,01$ pendant dix ans?

Oui, vous avez bien lu. Un cent sur un dollar … afin de financer la rénovation et l’expansion d’un réseau autoroutier à deux doigts de l’asphyxie. Car telle était la finalité de l’exercice, puisqu’à l’image de bien des régions américaines où les grandes routes ont été construites au temps d’Einsenhower, les voitures et les camions remorques du «juste-à-temps» se suivent en d’immenses caravanes, du matin au soir, provoquant de perpétuelles congestions.

Un important économiste du pays de l’Oncle Sam a d’ailleurs senti la nécessité de titrer son dernier livre The price of civilization. Il y explique que les impôts servent ni plus ni moins qu’à … «acheter la civilisation». Car c’est avec les impôts, dit-il, que se développent les infrastructures routières et ferroviaires, la santé publique, l’éducation, la formation professionnelle, la recherche et développement. Or, comme le note Jeffrey Sachs, célèbre pour ses «thérapies de choc» en Russie et en Amérique latine, les contribuables américains sont en «révolte fiscale» permanente, ce qui oblige Washington à emprunter de plus en plus d’argent.

Certains pensent que l’Oncle Sam finira par trouver l’issue en faisant tourner sa planche à billets à pleine vapeur, comme à la belle époque de la République de Weimar. Et qu’à cause de l’hyperinflation qui en résulterait, la dette rétrécirait comme peau de chagrin, appauvrissant les acheteurs – surtout étrangers! – d’obligations et de bons du Trésor des États-Unis qui se feraient de nouveau avoir, comme certains s’étaient fait rouler dans la farine avec le fameux «papier commercial». L’immensité de la dette est l’un des arguments choc des prophètes du «déclin» des États-Unis.

Sans répondre directement aux interrogations sur la dette, Daniel Gross s’oppose toutefois au diagnostic «décliniste». Ce journaliste spécialisé en économie montre, de façon convaincante, que les choses ont beaucoup changé depuis la crise financière de 2008-2009. Les entreprises américaines se sont restructurées, le pays est en pleine réindustrialisation, les exportations ont rebondi et les États-Unis sont redevenus le lieu le plus attractif de la planète pour les investissements étrangers.

Débordant d’un optimisme typiquement américain, l’auteur met beaucoup l’accent sur la capacité de son pays à se «reconstruire» en raison d’attitudes culturelles, d’une énergie particulière et de façons à la fois déterminées et audacieuses d’envisager les choses.

Un chapitre portant sur l’exploitation du pétrole dans le Dakota du Nord (capitale : Bismarck) l’illustre à merveille. L’or noir y est extrait par fracturation hydraulique. Cette technique a suscité un boom économique d’une ampleur telle que le Dakota du Nord a créé un fonds souverain pour le bénéfice futur de ses citoyens, un peu à l’instar du Fonds des générations du gouvernement du Québec.

Un de mes auteurs préférés, le prolifique et toujours stimulant Patrick Artus, estime que l’exploitation du gaz de schiste, également extrait par fracturation hydraulique, constitue une arme décisive aux mains de nos voisins du Sud dans l’arène sans pitié qu’est le marché économique mondial. Étant peu coûteux à produire, le gaz de schiste procurera aux États-Unis, selon Patrick Artus, l’équivalent d’une poussée de 2,5 points du PIB. En conséquence, il considère que l’année 2014 sera celle de l’Oncle Sam.

Les États-Unis, en déclin? Comme on le voit, la question comporte plus d’une facette et elle ne se répondra pas aujourd’hui. À l’image d’une requête sur Google qui produirait plus de cinquante-deux millions de résultats, il y a vraiment beaucoup à dire … et à lire! Soyez assurés que nous y reviendrons. Entre-temps, n’hésitez pas à partager vos lectures sur ce sujet des plus fascinants en cliquant sur le lien Laisser un commentaire.

GROSS, Daniel. Better, stronger, faster : the myth of American decline and the rise of a new economy, New York, Free Press, 2012, 260 p.