David Grossman : le pouvoir de la littérature

David Grossman est un auteur israélien qui use de son art comme d’un moyen privilégié pour considérer des situations de conflits armés sous des angles différents de ceux des discours officiels et des statistiques, anonymes. C’est par le travail de création littéraire qu’il est possible de redonner toutes les nuances de leur personnalité aux victimes de violence, de dépasser la peur et d’exprimer la souffrance attachée à ces situations.

Grossman expose ses idées sur le travail de création littéraire dans le recueil d’essais-conférences Dans la peau de Gisela, Politique et création littéraire. Ce sont ces textes qui m’ont amenée à la lecture d’un de ses premiers romans, Voir ci-dessous: amour, qui porte sur la douloureuse histoire de l’Holocauste. Datant du début des années 1980 et publié en français en 1991, cette oeuvre incarne les idées de Grossman sur le pouvoir de la littérature.

En 1959, Momik est un enfant israélien de neuf ans qui tente de rencontrer ce qu’il nomme « la bête nazie ». C’est qu’il veut sauver ses parents de la peur qu’elle leur inspire toujours, mais dont ils refusent de lui parler, pour le protéger. Plongeant par lui-même dans les récits de l’Holocauste, Momik devient à son tour un adulte marqué par la peur, mais, surtout, un écrivain dont la tâche est d’affronter par l’écriture cette catastrophe indicible.

C’est avec difficulté qu’il s’y plongera, en mettant en scène son « grand-père » Wasserman. Dans un camp de la mort, n’arrivant pas à mourir, celui-ci se retrouve à devoir raconter une histoire, soir après soir, à Neigel, l’officier nazi qui commande le camp. Et grâce à son art, Wasserman amènera Neigel à tomber dans son piège : « (l’)infecter du virus de l’humanité » (Seuil, 1995, p. 341).

Marquante d’intelligence, prenante d’émotion, la lecture de Voir ci-dessous : amour est riche, bouleversante et surprenante. La structure narrative du roman, complexe, donne une intensité particulière au récit et souligne la difficulté de raconter la brutalité et l’horreur. Et c’est en leur opposant, magnifiquement, la vie trop brève d’un enfant, que Grossman réussit à la fin, avec simplicité, à imposer la nécessité d’en finir avec la guerre.
______________________________________

En 2012, les éditions du Seuil ont publié en français Tombé hors du temps : récit pour voix, par David Grossman.

En 2011, il a remporté le prix Médicis du roman étranger pour Une femme fuyant l’annonce (Éditions du Seuil, 2011).