Apparences trompeuses

Nick et Amy Dunne forment un jeune couple new-yorkais en amour. Mais la crise économique frappe : les deux journalistes sont mis à pied à quelques mois d’intervalle. Frustré et déprimé, Nick demande à Amy de le suivre au Missouri afin qu’ils s’établissent dans sa ville natale. Il réalise son rêve d’être propriétaire d’un bar et se trouve un emploi comme professeur au collège du coin. Mais ces changements ne ramènent pas le bonheur dans la demeure des Dunne. Le livre s’ouvre sur la journée de leur cinquième anniversaire de mariage, la journée où Amy disparaît.

On découvre le passé des personnages grâce au journal d’Amy : sa rencontre avec Nick dans une fête sept ans plus tôt, les premières années de leur couple, leur désarroi quand ils sont frappés par le chômage, leur relation qui s’envenime, le déménagement dans le Midwest. Ces chapitres alternent avec le récit de Nick, au présent, qui vit les événements suivant la disparition d’Amy.

Au fur et à mesure que l’action se déroule, au présent et au passé, on constate que Nick a de sérieux ennuis. Il est en effet le suspect numéro un dans la disparition de sa femme. Il n’a pas d’alibi le matin où elle a été vue pour la dernière fois et la scène du crime, dans la maison familiale, semble avoir été trafiquée pour donner l’illusion d’un enlèvement par un intrus. De plus, selon ce qu’écrit Amy dans son journal, Nick était devenu violent avec elle au cours des derniers mois.

Dans la première partie de Gone Girl, l’auteure Gillian Flynn, dresse adroitement le portrait psychologique de ces deux personnages si différents : elle, fidèle, à l’écoute, ayant espoir que son mariage s’améliorera; lui, déprimé, détaché, entretenant une maîtresse. Quoique tous les éléments de la disparition d’Amy incriminent Nick, on attend avec impatience le vrai dénouement de l’histoire.

Or, la deuxième partie du livre est très décevante et, surtout, prévisible. L’auteure détruit tout ce qu’elle a construit en première partie. On se retrouve à un autre endroit, dans un état d’esprit opposé et où les intentions sont inversées. Le lecteur de romans policiers s’attend à être trompé, c’est ce qui rend ce genre de lectures captivantes. Il est par contre trop facile de créer des personnages pour ensuite les transformer complètement afin de justifier l’action.

Gillian Flynn a eu beaucoup de succès avec ses romans précédents, Sharp Objects et Dark Places (Sur ma peau et Les lieux sombres). Et peut-être qu’à la lecture de toute son oeuvre, on comprend mieux son univers.

Ceux d’entre vous qui avez lu Les apparences (ou Gone Girl), que pensez-vous du dénouement, facile ou intelligent?

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FLYNN, Gilian. Les apparences. Paris : Sonatine, 2012.

FLYNN, Gillian. Gone Girl : A Novel. New York : Crown, 2012.

Fifty Shades of Grey

J’ai réservé, emprunté et dévoré, en version numérique, Fifty Shades of Grey, le premier tome de la trilogie de l’auteure britannique EL James (Erika Leonard). Je suis en train de passer à travers le deuxième tome, Fifty Shades Darker et je suis certaine de lire le troisième tome, Fifty Shades Freed, aussi avidement! Ça doit être mes hormones de femme enceinte!

Pour ceux qui n’ont pas encore entendu parler de ce nouveau succès commercial mondial, Fyfty Shades est une série de trois romans érotiques qui racontent l’histoire d’une jeune étudiante ordinaire qui rencontre, in extremis, un multimillionnaire très séduisant et sexy, mais oh combien complexe!, tant dans sa vie personnelle que sexuelle. Il est difficile d’en dire plus sans révéler les principales intrigues, mais disons que le livre flirte avec le sadomasochisme.

Il s’agit d’une lecture divertissante, le genre de livre où on doit laisser les analyses et les raisonnements de côté, oublier la réalité (il s’agit vraiment de fiction) et simplement apprécier le déroulement de l’histoire.

Les critiques littéraires sont presque unanimes : il ne s’agit pas d’un chef-d’œuvre! Néanmoins, il s’agit d’une lecture plaisante, que certains journalistes américains ont qualifié de « Mom Porn ».

Lisez-le, vous serez à même de juger entre les critiques sévères et le succès commercial.

Pour ceux qui préfèrent attendre la version française, les éditions JC Lattès devraient publier le premier tome le 17 octobre prochain, sous le titre Cinquante nuances de Grey. La version numérique devrait suivre. Les deuxième et troisième tomes sont attendus respectivement en janvier et en mars 2013. Et comme les droits cinématographiques ont été acquis par Universal Pictures, la trilogie pourrait être portée au grand écran. Bref, nous sommes loin d’en avoir fini avec Fifty Shades of Grey.

N. B. : L’avantage d’une liseuse est de pouvoir lire discrètement, même dans les transports en commun.

Incursion dans le monde des inégalités de couple

Dans certaines faculés de médecine du Québec, trois finissants sur quatre sont des femmes.

La tendance se manifeste aussi dans d’autres professions où se conjuguent argent et pouvoir.

Comme le montre ce livre, qui fourmille de statistiques, de résultats d’enquêtes sociologiques et d’anecdotes, cette situation est loin d’être unique au Québec.

Aux États-Unis, près de trois bacheliers sur cinq sont des femmes et la proportion augmente chez les détenteurs de maîtrises et de doctorats.

Et ces femmes font plus d’argent. Par exemple, les femmes dans la vingtaine qui habitent New York affichent des salaires en moyenne 17 % plus élevés que ceux des hommes de leur âge. Tout métier et toute profession confondus.

Comme le dit l’auteure, une journaliste du Washington Post, les femmes de carrière à hauts revenus «amènent maintenant les protéines sur la table». En conséquence, le rapport de force change. Elles veulent prendre les grandes décisions touchant l’unité familiale, comme l’achat de la maison. Et, nous dit fièrement l’auteure, elles les prennent.

À l’heure actuelle, aux États-Unis, les femmes sont cheffes de foyer dans deux ménages sur cinq. Dans dix ans, le phénomène touchera au moins la moitié des couples.

Quelles en sont les conséquences?

Selon l’auteure, les hommes y trouveront leur compte, car ils n’auraient pas tous le goût de la compétition qu’implique le monde du travail.

En conséquence, il se développerait, selon elle, une «nouvelle masculinité», de plus en plus d’hommes choisissant de rester à la maison afin de s’occuper des enfants et des tâches ménagères. Ou encore, acceptant de bon coeur d’être des pourvoyeurs de deuxième ordre.

En dépit du jovialisme de l’auteure, on peut facilement constater, à la lecture même de certains exemples du livre, que tout n’est pas si rose dans ce nouveau monde où les femmes de carrière incitent leurs partenaires à … surveiller leur tour de taille et à accroître leur «autonomie affective» (c’est dans le livre!).

C’est ainsi que des femmes «alpha» se désolent de ne pas trouver de partenaires «à leur niveau». Elles sont seules et se doutent qu’elles vont probablement le rester.

On constate également que dans la psyché masculine, la proximité du pouvoir, quand il est subi, n’agit généralement pas comme un aphrodisiaque.

L’auteure, qui connaît le Japon, nous montre aussi une autre réalité, qui a peu à voir avec la carte postale : des Japonais font appel à des agences spécialisées afin de se trouver des «épouses» venant d’autres pays asiatiques, et qui ont un statut moins élevé que les Japonaises qu’elles remplacent. L’auteure dit que le même genre de phénomène existe,  de façon plus subtile, en Europe et aux États-Unis. Par exemple, en Espagne, les femmes semblent préférer les hommes d’Europe du Nord et les hommes, les femmes d’Amérique latine. Les Floridiennes de carrière semblent, quant à elles, s’intéresser surtout aux hommes de New York.

Certaines des jeunes femmes qui forment le gros des cohortes en science de la santé pourraient ainsi avoir à faire des choix difficiles dans leur vie amoureuse et familiale, bien loin des représentations idéalisées des magazines féminins et des séries télévisées. Voilà une des conséquences d’une catastrophe dont on parle trop peu, le décrochage des garçons à l’école secondaire, là où les choses sérieuses se décident parfois … pour la vie.

MUNDY, Liza, The richer sex: how the new majority of female breadwinners is transforming sex, love and family, New York, Simon & Schuster, 2012, 327 p.